Thursday, October 29, 2026
PASTEF lance l’opération « invisibiliser » : le pari numérique qui rappelle l’armée WhatsApp de Lula

PASTEF lance l’opération « invisibiliser » : le pari numérique qui rappelle l’armée WhatsApp de Lula

by wassare news
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Montage éditorial réunissant Ousmane Sonko, Lula et Flávio Bolsonaro sur fond de réseau numérique
Montage éditorial réunissant Ousmane Sonko, Lula et Flávio Bolsonaro sur fond de réseau numérique
Ousmane Sonko, Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro. Montage éditorial WASSARE à partir de portraits de référence officiels.

Au Sénégal, une consigne largement relayée dans les rangs de PASTEF appelle à priver les adversaires de toute interaction. Au Brésil, Lula vient de réussir une remontée historique avec une armée numérique de près de 11 millions d’abonnés. Les deux méthodes partagent une bataille pour l’attention, mais ne sont pas identiques.

Une nouvelle bataille politique se joue sur les écrans sénégalais. Depuis quelques heures, des responsables, membres et militants de PASTEF relaient une même consigne : ne plus commenter, aimer ou partager les contenus des adversaires, se désabonner de leurs comptes et utiliser les fonctions permettant de les masquer. Le but affiché est clair : les priver de l’engagement qui alimente leur visibilité sur les plateformes.

Le message le plus explicite vérifié par WASSARE a été publié par le député Amadou Ba. Il présente cette démarche comme une opération destinée à « invisibiliser totalement » les adversaires politiques et appelle les militants à se concentrer sur la loi de finances rectificative, la loi de finances initiale, les commissions d’enquête et les activités du parti. La formule qui ferme son texte donne la mesure de l’objectif : « 2029, c’est maintenant ».

Une stratégie largement reprise dans PASTEF

Le visuel qui circule associe directement Ousmane Sonko à cette discipline numérique. Il résume la consigne en quatre gestes : ne pas commenter, ne pas partager, supprimer et bloquer. Sa reprise par de nombreux comptes liés à PASTEF montre qu’il ne s’agit plus d’un message isolé, mais d’une méthode diffusée dans l’écosystème militant du parti.

Une nuance demeure nécessaire. WASSARE n’a pas identifié, au moment de cette publication, de communiqué officiel du parti ni de déclaration publique d’Ousmane Sonko établissant qu’il aurait personnellement conçu ou ordonné cette campagne. Le fait établi est que la consigne est portée publiquement par le député Amadou Ba et largement partagée par des membres et militants de PASTEF, avec l’image de l’ancien Premier ministre et président du parti.

Au Brésil, Lula a renversé un retard de plus de deux millions de voix

La comparaison avec le Brésil est tentante parce que Luiz Inácio Lula da Silva vient d’accomplir une remontée électorale sans précédent dans le pays. Mais un point doit être corrigé : en 2026, Lula n’affrontait pas Jair Bolsonaro. Son adversaire était le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président.

Au premier tour du 4 octobre, Flávio Bolsonaro était arrivé en tête avec 47,03 % des suffrages, contre 45,16 % pour Lula, soit une avance d’environ 2,2 millions de voix. Le 25 octobre, le rapport de force s’est inversé. Selon les résultats publiés par le Sénat brésilien à partir du décompte électoral, Lula a obtenu 51,78 % des voix, soit 64,2 millions de suffrages, contre 48,22 % et 59,8 millions pour Flávio Bolsonaro. L’écart final atteint près de 4,4 millions de voix.

« L’armée de Lula », près de 11 millions d’abonnés sur WhatsApp

Entre les deux tours, le député fédéral André Janones a transformé un canal WhatsApp en vaste réseau de mobilisation. Baptisé « Exército do Lula », l’outil a rassemblé près de 11 millions d’abonnés en trois semaines, selon des enquêtes de la BBC et d’Al Jazeera.

Les sympathisants recevaient des missions quotidiennes : partager des vidéos, faire circuler des messages, promouvoir des mots-clés et recruter de nouveaux électeurs. Le dispositif cherchait donc à transformer chaque membre en relais de campagne. Janones recommandait aussi de ne pas offrir d’engagement aux contenus de l’extrême droite, afin d’éviter de renforcer leur diffusion.

Cette mobilisation a accompagné la remontée de Lula et plusieurs observateurs lui attribuent un rôle important. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à expliquer le résultat : la baisse de l’abstention, passée de 21,08 % à 19,21 %, la campagne de terrain, les alliances et les dynamiques propres au second tour ont également pesé.

Même bataille pour l’attention, méthodes différentes

Le point commun entre PASTEF et la campagne brésilienne est la volonté de contrôler l’attention. Dans les deux cas, les militants sont invités à comprendre qu’un commentaire hostile reste une interaction et qu’une polémique peut servir celui que l’on combat. La stratégie cherche ainsi à tarir la visibilité des adversaires tout en concentrant l’activité sur les contenus du camp.

La différence est tout aussi importante. La méthode Lula ne reposait pas seulement sur le silence face à l’adversaire. Elle organisait une production et une distribution massives de contenus, assignait des tâches quotidiennes, recrutait au-delà du cercle militant et cherchait à convertir l’engagement numérique en mobilisation électorale. La campagne aujourd’hui relayée dans PASTEF met d’abord l’accent sur le blocage, le désabonnement et l’absence d’interaction.

Ce que les algorithmes font réellement

Les interactions constituent bien des signaux de classement pour les plateformes. Le centre de transparence de Meta explique que les mentions « J’aime », les commentaires, les clics et les comportements antérieurs participent aux prédictions utilisées pour ordonner le fil Facebook. Réduire ces signaux peut donc limiter la recommandation d’un contenu auprès d’un utilisateur ou de son réseau.

En revanche, l’affirmation selon laquelle un adversaire disparaîtrait automatiquement de Facebook après une semaine sans interaction ne peut pas être présentée comme une règle générale. Les systèmes de recommandation combinent de nombreux facteurs, évoluent régulièrement et diffèrent selon les utilisateurs. Masquer un compte pendant trente jours modifie surtout ce que voit la personne qui active cette option ; cela ne supprime pas mécaniquement la portée globale du compte visé.

Le risque d’une politique enfermée dans des bulles

Pour PASTEF, l’avantage recherché est évident : réduire les polémiques, discipliner la base et faire remonter les priorités du parti. À l’approche de 2029, cette organisation peut aussi préparer un réseau de diffusion capable de réagir rapidement et de saturer l’espace numérique avec ses propres thèmes.

Mais une stratégie d’invisibilisation comporte un coût démocratique. Si chaque camp bloque systématiquement les autres, les citoyens peuvent être enfermés dans des univers parallèles où les arguments adverses ne circulent plus, même lorsqu’ils portent sur des faits d’intérêt public. La discipline numérique peut alors renforcer la polarisation, rendre le débat plus fermé et faciliter la circulation de récits qui ne sont plus confrontés entre eux.

La campagne de 2029 commence dans les fils d’actualité

Le message du député Amadou Ba révèle une évolution plus profonde : au Sénégal, la prochaine compétition électorale ne se préparera pas seulement dans les meetings, les médias et les structures locales. Elle se gagnera aussi dans la capacité à produire, distribuer et hiérarchiser l’information sur les téléphones.

L’expérience brésilienne montre toutefois qu’une armée numérique efficace ne se contente pas de faire taire l’adversaire. Elle donne des missions, élargit son audience et relie la communication à une mobilisation concrète. Pour PASTEF, le véritable test sera donc moins de savoir combien de comptes ses militants bloqueront que de mesurer sa capacité à transformer cette discipline en information crédible, en participation citoyenne et, à terme, en voix.

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