Trois prises de position publiées dimanche 25 octobre prolongent la controverse ouverte par les déclarations d’Ousmane Sonko sur la loi de finances rectificative (LFR) 2026 et le projet de loi de finances initiale (LFI) 2027. Mary Teuw Niane dénonce ce qu’il présente comme une stratégie de blocage, Hamidou Anne met en garde contre les revirements politiques et Waly Diouf Bodiang défend Pastef en demandant que le débat revienne au contenu de la LFR. Ces textes relèvent de l’opinion : leurs accusations ne doivent pas être confondues avec des faits établis.
Un désaccord budgétaire devenu politique
Le point de départ est documenté. À l’ouverture de la session ordinaire 2026-2027 de l’Assemblée nationale, le 13 octobre, quatre textes gouvernementaux ont été annoncés, dont le collectif budgétaire pour 2026 et le projet de budget 2027. Le gouvernement avait également indiqué que le projet de loi de finances pour 2027 avait été déposé dans les délais sur le bureau de l’Assemblée nationale.
Lors de sa déclaration du 19 octobre, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et dirigeant de la majorité parlementaire, a contesté plusieurs orientations de la LFR 2026 et de la LFI 2027. Selon les comptes rendus de cette intervention, il a conditionné le vote des députés de son parti à une prise en compte de leurs préoccupations, notamment sur les fonds spéciaux, les dépenses sociales, les subventions et l’investissement public.
Cette position a transformé un débat technique sur les arbitrages budgétaires en confrontation politique entre les institutions et les principales figures de la majorité issue de 2024.
Mary Teuw Niane dénonce un « ultimatum »
Dans un texte intitulé « L’arroseur arrosé », Mary Teuw Niane ne cite pas Ousmane Sonko. Mais il reprend précisément la menace de non-vote de la LFR 2026 et de la LFI 2027, ainsi que le passage de la personne visée à la tête du gouvernement. Ces éléments indiquent qu’il fait allusion à l’ancien Premier ministre.
Le professeur accuse la personne visée de subordonner le vote des budgets à ses exigences et d’utiliser la procédure parlementaire dans une lutte de pouvoir. Il estime que la République ne peut être « l’otage des frustrations d’un homme » et défend la continuité de l’État, la solidité des institutions et la capacité des citoyens à juger les faits.
Mary Teuw Niane va plus loin en suggérant que la réussite du président Bassirou Diomaye Faye serait perçue comme une défaite personnelle par celui qu’il critique. Cette appréciation relève de son interprétation politique. Elle n’est accompagnée d’aucun élément permettant d’établir une intention personnelle.
Hamidou Anne met en cause le zèle et les reniements
Dans une autre publication, Hamidou Anne ouvre son propos par la formule : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. » Il critique le « zèle des convertis en politique » et les changements d’alliance motivés, selon lui, par l’intérêt personnel.
Son texte ne nomme ni Mary Teuw Niane ni Ousmane Sonko et ne confirme pas qu’il répond directement à « L’arroseur arrosé ». Il s’inscrit néanmoins dans le même débat sur la cohérence politique. Hamidou Anne reproche à certains acteurs d’avoir autrefois soutenu des discours de confrontation avant de se présenter aujourd’hui comme défenseurs des institutions.
Il évoque notamment les appels au « Mortal Kombat », les menaces visant le chef de l’État et le « fantasme de l’insurrection ». Ces formulations sont celles de l’auteur. Elles doivent être lues comme des griefs politiques attribués à Hamidou Anne, et non comme des conclusions établies par WASSARE.
Waly Diouf Bodiang défend Pastef et réclame un débat sur le fond
Dans une réponse adressée directement à Mary Teuw Niane, Waly Diouf Bodiang prend la défense de Pastef et d’Ousmane Sonko. Il présente les contradictions politiques actuelles comme normales dans une démocratie et demande à l’ancien ministre d’expliquer « en quoi la LFR est pertinente ».
Sa publication contient aussi plusieurs attaques personnelles, qui ne documentent pas le débat budgétaire et ne sont pas reproduites ici. Sur le fond, le responsable politique appelle à examiner le contenu du collectif budgétaire, mais n’apporte dans ce texte ni donnée chiffrée ni contre-proposition détaillée sur les postes contestés.
Ce que cette controverse change pour les Sénégalais
Au-delà des attaques personnelles, l’enjeu immédiat est budgétaire. La LFR doit ajuster les prévisions et autorisations de l’exercice 2026. La LFI 2027 doit définir les recettes, les dépenses et les priorités de l’État pour l’année prochaine. Les choix portant sur les subventions, l’investissement, les programmes sociaux et le service de la dette ont des effets directs sur le pouvoir d’achat, les services publics et l’activité économique.
Un rejet ou un retard prolongé obligerait l’exécutif et la majorité parlementaire à renégocier les arbitrages. Il accroîtrait aussi l’incertitude au moment où le Sénégal cherche à restaurer la confiance de ses partenaires financiers. À l’inverse, un vote sans débat substantiel affaiblirait le rôle de contrôle que la Constitution et les lois confient au Parlement.
Le test décisif sera donc moins la vigueur des tribunes que le traitement concret des textes : auditions, amendements, réponses du gouvernement et votes en séance. C’est sur ces éléments vérifiables que pourront être mesurés la responsabilité des acteurs et l’équilibre entre discipline majoritaire, contrôle parlementaire et continuité de l’État.