Tuesday, October 27, 2026
LFR 2026 : le dialogue proposé peut-il désamorcer le bras de fer entre la Primature et l’Assemblée ?

LFR 2026 : le dialogue proposé peut-il désamorcer le bras de fer entre la Primature et l’Assemblée ?

by wassare news
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Hémicycle de l’Assemblée nationale du Sénégal où le PLFR 2026 doit être examiné

À quarante-huit heures de l’examen en séance plénière du projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026, le Gouvernement et la majorité parlementaire se disent prêts à discuter. Mais leurs prises de parole successives, dimanche 25 octobre, ont surtout confirmé l’ampleur du désaccord sur le calendrier, la méthode et la responsabilité d’un éventuel blocage.

Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a proposé de se rendre à l’Assemblée nationale dès le lundi 26 octobre, accompagné du ministre des Finances et des membres du Gouvernement concernés, pour rencontrer Ousmane Sonko et les députés de PASTEF. L’offre intervient après le rejet du texte, le vendredi 23 octobre, par la Commission des finances et du contrôle budgétaire, ainsi que de deux amendements présentés par l’exécutif.

Une ouverture au dialogue à la veille de la plénière

Le chef du Gouvernement demande au groupe majoritaire de traduire ses critiques en amendements écrits et chiffrés. Il distingue le droit du Parlement à modifier le texte de ce qu’il qualifie d’« obstruction » et a lancé aux élus : « Ne punissez pas le peuple. » Il a également écarté l’idée d’un débat télévisé avec Ousmane Sonko, estimant que la discussion doit se dérouler dans le cadre institutionnel de l’Assemblée.

La proposition de rencontre est concrète, mais tardive aux yeux de PASTEF. Lors de la réponse du parti, ses responsables ont soutenu que le Gouvernement disposait de plusieurs semaines pour organiser une concertation approfondie et se sont interrogés sur le choix d’attendre les derniers jours précédant la plénière. El Malick Ndiaye a affirmé que les députés ne refusaient pas le dialogue, tout en exigeant des mécanismes vérifiables pour protéger les investissements et les dépenses sociales.

Le texte avait été transmis à l’Assemblée le 18 septembre. Après plusieurs échanges et reports en commission, aucun accord global n’a été trouvé. La séance plénière est programmée pour le mardi 27 octobre à 10 heures.

Le désaccord porte aussi sur la manière de communiquer

La confrontation a débordé du contenu budgétaire vers la forme des prises de parole. Ahmadou Al Aminou Lô a invité PASTEF à organiser une conférence ouverte aux questions des journalistes plutôt qu’un point de presse sans échange. Amadou Ba, député de PASTEF, a répondu que le format de communication choisi par le parti ne relevait pas du Premier ministre. El Malick Ndiaye a, de son côté, rejeté l’idée que PASTEF puisse recevoir des leçons en la matière, en rappelant l’expérience politique et militante acquise depuis 2014.

Cette querelle de méthode n’est pas secondaire. Une LFR modifie des autorisations de recettes et de dépenses déjà votées. Les citoyens, les entreprises et les partenaires financiers ont donc besoin de pouvoir comparer les chiffres, comprendre les arbitrages et distinguer les désaccords techniques des rapports de force politiques.

Une majorité décisive, mais une issue encore ouverte

PASTEF dispose de 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Son vote est ainsi déterminant. Le rejet en commission ne met pas automatiquement fin au processus : le projet doit encore être examiné en plénière, où des amendements peuvent être défendus.

La majorité affirme ne pas contester le principe même d’une révision du budget. Elle refuse cependant le texte en l’état et réclame la préservation de l’investissement public, la protection du pouvoir d’achat, des explications sur certains financements d’urgence, une rationalisation plus rapide du secteur parapublic et davantage de transparence sur les comptes publics. Ces demandes ont déjà été détaillées dans un précédent article de WASSARE consacré aux cinq conditions posées par le groupe parlementaire.

Le Gouvernement répond que la baisse des recettes, la hausse des subventions énergétiques et les dépenses de sécurité imposent un ajustement immédiat. Il soutient que plusieurs crédits d’investissement sont reportés plutôt qu’abandonnés et que le texte permet de régulariser des besoins déjà apparus en cours d’année.

Ce que le dialogue doit produire

La rencontre annoncée n’aura d’effet que si elle aboutit à des modifications identifiables : montants rétablis, dépenses reportées, sources de financement et calendrier d’exécution. À ce stade, les deux camps se disent disponibles, mais se renvoient la responsabilité du retard.

Pour les Sénégalais, l’enjeu dépasse la confrontation entre la Primature et l’Assemblée. Il concerne la continuité des politiques publiques, la protection du pouvoir d’achat et la capacité des institutions à résoudre un désaccord budgétaire par des procédures lisibles. La plénière du 27 octobre dira si l’ouverture affichée débouche sur un compromis ou confirme la rupture.

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