Thursday, October 29, 2026
Face à la machine PASTEF, la riposte que Diomaye Faye et Kiiraay doivent construire

Face à la machine PASTEF, la riposte que Diomaye Faye et Kiiraay doivent construire

by wassare news
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Bassirou Diomaye Faye devant un bouclier numérique et une carte du Sénégal
Bassirou Diomaye Faye devant un bouclier numérique et une carte du Sénégal
Bassirou Diomaye Faye face au défi de la construction politique et numérique de Kiiraay. Illustration éditoriale WASSARE.

Bloquer les adversaires ne suffit pas à gagner une bataille politique. Face à l’opération d’« invisibilisation » relayée dans PASTEF, Bassirou Diomaye Faye et Kiiraay ont intérêt à choisir une stratégie fondée sur les résultats, la preuve, la proximité et une organisation numérique distincte de la Présidence.

L’opération d’« invisibilisation » désormais largement relayée dans les rangs de PASTEF place Bassirou Diomaye Faye et Kiiraay devant un choix stratégique. Ils peuvent répondre par une guerre symétrique de blocages, de signalements et de contenus militants. Ou ils peuvent construire une méthode différente, capable d’élargir leur audience au-delà des convaincus et de transformer l’action présidentielle en capital politique vérifiable.

La deuxième voie est plus exigeante, mais elle paraît plus adaptée à la position particulière de Bassirou Diomaye Faye. Depuis le lancement de Kiiraay – Les Patriotes républicains en juillet 2026, le chef de l’État est à la fois détenteur d’une fonction institutionnelle et référence d’une nouvelle force politique née de la transformation de la coalition Diomaye Président. Cette double position lui donne des moyens, mais lui impose surtout une séparation claire entre la communication de la République et la compétition partisane.

La première riposte doit être institutionnelle

Face à une stratégie qui cherche à imposer PASTEF comme unique sujet dans les fils d’actualité de ses militants, la Présidence ne doit pas devenir un compte de combat. Sa meilleure réponse consiste à publier régulièrement des résultats compréhensibles : décisions prises, délais, budgets, taux d’exécution, bénéficiaires, difficultés et corrections apportées.

Un rendez-vous hebdomadaire, court et documenté, permettrait de réduire l’espace laissé aux interprétations. Chaque annonce devrait être accompagnée d’une fiche accessible, des sources administratives et d’un calendrier de suivi. Dans un environnement saturé de slogans, la preuve peut devenir un avantage politique si elle est présentée simplement et rapidement.

Séparer strictement la Présidence et Kiiraay

Kiiraay ne peut pas construire sa crédibilité en utilisant les canaux, les équipes ou l’autorité de l’État comme s’ils étaient des instruments partisans. La distinction entre les comptes institutionnels, les ressources publiques et la communication du parti doit être visible. Cette séparation protège le président, réduit les accusations d’instrumentalisation et permet à Kiiraay d’assumer pleinement ses propres choix.

Le parti doit donc disposer de sa rédaction numérique, de ses porte-parole, de son calendrier et de ses règles de validation. La Présidence informe sur l’action publique ; Kiiraay défend une vision politique, anime ses militants et répond à ses adversaires. La confusion entre les deux fragiliserait les deux structures.

Ne pas copier la guerre du blocage

La réponse la plus facile serait d’appeler les sympathisants de Kiiraay à bloquer à leur tour les comptes de PASTEF. Cette symétrie créerait deux bulles rivales qui ne parlent qu’à leurs bases. Elle pourrait renforcer l’engagement des militants les plus actifs, mais elle réduirait la capacité de convaincre les électeurs hésitants, les anciens alliés déçus et les citoyens qui refusent une rupture totale entre les deux camps.

Kiiraay a davantage intérêt à pratiquer une riposte sélective : ne pas répondre à chaque provocation, corriger rapidement les informations fausses ou incomplètes, puis ramener le débat vers un dossier concret. La règle pourrait être simple : une accusation documentée reçoit une réponse documentée ; une insulte n’obtient pas d’oxygène.

Construire une armée de preuves, pas seulement de partages

L’expérience brésilienne analysée par WASSARE montre qu’un réseau numérique devient puissant lorsqu’il distribue des missions précises. Kiiraay peut reprendre cette logique sans transformer ses militants en simples machines à partager.

Ses volontaires pourraient recevoir chaque semaine un dossier vérifié sur un thème : coût de la vie, emploi, dette, agriculture, eau, santé ou éducation. Leur mission serait d’expliquer une mesure, de recueillir les questions du terrain, de signaler une difficulté locale et de faire remonter les réponses. Le réseau ne servirait plus seulement à amplifier un message ; il deviendrait un outil d’écoute et de contrôle citoyen.

Donner des visages locaux à la riposte

Kiiraay est encore un parti jeune. Son principal défi n’est donc pas uniquement numérique : il doit prouver qu’il existe au-delà de la figure présidentielle. Une communication centrée exclusivement sur Bassirou Diomaye Faye reproduirait la personnalisation qu’il cherche justement à dépasser.

Le parti devrait identifier des responsables crédibles dans les communes, les départements, les universités, les professions et la diaspora. Chaque porte-parole doit maîtriser un dossier précis et pouvoir répondre dans un langage accessible. La multiplication de voix compétentes protège le président de la surexposition et donne au parti une profondeur territoriale.

Parler aux indécis plutôt qu’aux seuls convaincus

PASTEF conserve une base militante disciplinée et une forte capacité de mobilisation. Kiiraay ne la neutralisera pas en essayant de la copier. Son espace politique se trouve davantage parmi les citoyens attachés au changement de 2024 mais inquiets des tensions, parmi les électeurs sensibles à la stabilité institutionnelle et parmi ceux qui veulent juger les responsables sur des résultats mesurables.

Pour toucher ces publics, les messages doivent éviter la revanche personnelle. La ligne la plus efficace serait de reconnaître les acquis communs, d’expliquer les divergences et de montrer ce que Kiiraay propose de différent. Une communication qui attaque systématiquement Ousmane Sonko risque de renforcer sa centralité. Une communication qui démontre une capacité de gouverner peut déplacer le centre du débat.

Transformer le numérique en présence réelle

Les vues, les mentions « J’aime » et les abonnés ne sont pas des voix. Kiiraay doit mesurer d’autres indicateurs : nombre de volontaires actifs, réunions locales, questions résolues, inscriptions, dons transparents, taux de lecture des documents et capacité à mobiliser hors ligne.

Une plateforme de participation pourrait permettre aux sympathisants de choisir des priorités locales, suivre les engagements et organiser des actions communautaires. La force numérique deviendrait alors visible dans les quartiers et les communes, là où se construit une implantation durable.

Diomaye doit incarner la maîtrise, pas la surenchère

La posture personnelle du président sera décisive. Il gagnerait à parler moins souvent que les militants, mais avec davantage de portée : prises de parole préparées, entretiens ouverts aux questions, comptes rendus réguliers et reconnaissance des erreurs lorsque les objectifs ne sont pas atteints. Cette sobriété ne doit pas devenir du silence ; elle doit produire de la clarté.

Face à une stratégie conçue pour attirer toute l’attention vers PASTEF et Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye ne peut gagner en criant plus fort. Sa meilleure riposte est d’occuper un autre registre : celui de la preuve, de la responsabilité et de l’écoute. Kiiraay, de son côté, doit devenir le bouclier politique annoncé par son nom sans se transformer en mur. La bataille numérique se gagnera moins par le nombre de comptes bloqués que par la confiance construite au-delà de son propre camp.

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