Tuesday, October 27, 2026
Fonds spéciaux, FMI et « budget caché » : la crise de confiance derrière la LFR 2026

Fonds spéciaux, FMI et « budget caché » : la crise de confiance derrière la LFR 2026

by wassare news
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La bataille sur la loi de finances rectificative (LFR) pour 2026 est devenue une crise de confiance. PASTEF ne conteste plus seulement des montants : le parti met en cause la qualité de l’information transmise au Parlement, le traitement des fonds spéciaux et l’écart entre les exigences de transparence adressées au Sénégal par ses partenaires et celles accordées aux députés.

Après avoir fait de la « dette cachée » un thème central du débat public, des responsables de PASTEF évoquent désormais un « budget caché ». L’expression relève d’une accusation politique et non d’un constat établi par une juridiction ou un organe d’audit. Elle traduit toutefois un soupçon précis : des dépenses auraient été engagées ou consommées avant que la loi rectificative ne soit soumise au vote.

Une LFR présentée tard dans l’exercice

El Malick Ndiaye estime que le texte intervient alors qu’une grande partie des ressources concernées aurait déjà été engagée. Selon lui, même une adoption aurait désormais un effet limité sur l’exécution 2026. Le Gouvernement réplique que la LFR sert précisément à ajuster le budget à des événements apparus en cours d’année : chute des recettes, explosion des subventions énergétiques, besoins de sécurité et financements extérieurs non mobilisés.

La question factuelle est donc celle de la chronologie. Pour chaque grande ligne modifiée, le Parlement doit pouvoir distinguer les crédits déjà consommés, les engagements juridiques pris, les montants encore disponibles et les dépenses nouvelles qui nécessitent une autorisation.

Fonds spéciaux : le débat sur la confiance personnelle ne suffit pas

Les fonds spéciaux constituent un autre point de tension. Ousmane Sonko a déjà affirmé qu’à la Primature, il avait demandé au responsable administratif et financier de ne jamais lui remettre personnellement l’argent de ces fonds. Des membres du Gouvernement invitent désormais l’ancien Premier ministre à leur accorder la même présomption de bonne foi qu’il revendique pour sa propre gestion.

Cette réponse politique ne règle cependant pas la question institutionnelle. La bonne foi d’un responsable ne remplace ni des règles claires, ni une traçabilité adaptée, ni un contrôle compatible avec la confidentialité de certaines dépenses. Le débat devrait donc porter sur le cadre légal, les catégories d’utilisation, les autorités habilitées et les mécanismes de reddition des comptes.

Les députés réclament le même respect que celui accordé au FMI

PASTEF estime que le Gouvernement doit fournir au Parlement un niveau d’information comparable à celui exigé dans les discussions avec le Fonds monétaire international. L’argument vise les documents sur la dette, les déficits, les arriérés, l’usage de 120 milliards de francs CFA liés à un mécanisme de réponse d’urgence et les rapports d’audit réclamés par les élus.

Le Gouvernement affirme avoir remis un mémorandum de réponses et plusieurs clarifications avant le vote en commission. Les députés jugent ces garanties insuffisantes. Cette divergence est vérifiable : la sortie de crise passe par la publication d’une liste précise des pièces demandées, de celles effectivement remises et des informations qui resteraient protégées par la loi.

Loi rectificative et loi de règlement : deux fonctions différentes

Le débat a aussi fait apparaître une confusion de vocabulaire. Le terme juridique est « loi de règlement », et non « loi de régulation ». La loi organique relative aux lois de finances distingue trois catégories principales : la loi de finances de l’année, les lois de finances rectificatives et la loi de règlement.

La LFR modifie en cours d’exercice les prévisions et autorisations budgétaires. La loi de règlement intervient après l’exécution pour arrêter les résultats réels et permettre le contrôle des comptes. Elle ne peut donc pas remplacer le texte rectificatif de 2026. En revanche, les informations demandées aujourd’hui par les députés seront indispensables au contrôle ultérieur de l’exécution.

Le cœur du conflit : qui doit prouver quoi ?

L’exécutif demande aux députés de produire des amendements chiffrés. PASTEF répond qu’il ne peut formuler des alternatives fiables sans disposer de toutes les données d’exécution et de financement. Les deux exigences sont compatibles si le dialogue devient documentaire : tableaux comparatifs, état d’exécution, liste des engagements, effets de chaque amendement sur le déficit et calendrier des projets reportés.

La confiance ne sera pas rétablie par une multiplication des déclarations. Elle dépendra de la capacité de la Primature et de l’Assemblée à rendre vérifiables leurs affirmations respectives. C’est à cette condition que le débat quittera le terrain des accusations pour revenir à la décision budgétaire.

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