Le paysage radiophonique sénégalais entame sa transition vers le numérique. La Radio numérique terrestre (RNT) a été officiellement lancée le jeudi 29 octobre 2026, lors d’une cérémonie organisée au Noom Hôtel de Dakar sous la présidence du ministre de la Communication et des Relations avec les Institutions, porte-parole du Gouvernement, Dr Bacary Sarr.
Cette étape marque l’entrée en exploitation d’une nouvelle infrastructure de diffusion sonore reposant sur la technologie DAB+. Elle intervient après plusieurs années d’expérimentation menées par l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), avec l’ambition de diversifier les possibilités offertes aux stations de radio et d’améliorer les conditions d’écoute du public.
Une nouvelle organisation de la diffusion radiophonique
La particularité de cette technologie réside dans sa capacité à faire passer plusieurs programmes par une même fréquence. Contrairement au système FM traditionnel, dans lequel chaque station utilise sa propre fréquence, le DAB+ permet de regrouper plusieurs radios sur un même canal de diffusion.
Cette mutualisation permet de mieux exploiter les ressources radioélectriques, dans un contexte où la disponibilité des fréquences constitue une préoccupation pour les acteurs du secteur. Elle offre également des possibilités supplémentaires, notamment la transmission d’informations affichées sur les récepteurs, comme le nom des émissions ou des données associées aux programmes.
La qualité sonore constitue un autre apport attendu, avec une réception numérique moins exposée aux grésillements et aux parasites caractéristiques de certaines situations de diffusion analogique.
TDS-SA prend les commandes de l’exploitation
La mise en service de la RNT s’inscrit dans la continuité du transfert de son infrastructure à la Société de télédiffusion du Sénégal (TDS-SA). Le 10 septembre 2026, l’ARTP et l’opérateur national avaient signé un protocole d’accord consacrant cette nouvelle répartition des responsabilités.
Après avoir conduit la phase pilote depuis 2022, le régulateur a ainsi confié à TDS-SA la gestion opérationnelle des installations, notamment leur exploitation et leur maintenance.
Lors de la cérémonie, la directrice générale de TDS-SA, Aminata Sarr, a présenté cette évolution comme une occasion de faire entrer la radio dans une nouvelle étape technologique, tout en préservant sa fonction de média accessible et proche des populations.
Elle a notamment insisté sur la nécessité de faire bénéficier les auditeurs des possibilités offertes par le numérique, sans perdre le lien de proximité qui caractérise la radio.
Une transition qui devra encore convaincre les auditeurs
Malgré les perspectives annoncées, plusieurs conditions devront être réunies pour permettre à cette technologie de toucher un public plus large. Les postes radio classiques fonctionnant uniquement en FM ne permettent pas de capter directement les programmes numériques. Les auditeurs devront donc disposer d’un récepteur compatible avec la norme DAB+.
La question de la couverture constitue également un défi. Au lancement, le signal concerne principalement Dakar et une partie de la région de Thiès. D’après les données relayées par l’Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal (OSIRIS), la zone couverte représenterait environ 28 % de la population nationale. L’extension du réseau au reste du territoire nécessitera donc de nouveaux investissements.
La radio numérique ne remplace pas non plus immédiatement la FM. Les deux modes de diffusion sont appelés à coexister pendant une période de transition, afin de tenir compte des équipements disponibles et des habitudes d’écoute.
Un enjeu qui dépasse la modernisation technique
Au-delà de l’innovation technologique, le déploiement de la RNT pose des questions essentielles pour l’avenir des médias sénégalais : l’accès des populations aux nouveaux récepteurs, le coût de diffusion pour les éditeurs, la place des radios communautaires et l’équilibre territorial dans la couverture du réseau.
Pour les stations disposant de moyens limités, l’accès à cette infrastructure et les conditions financières de diffusion seront déterminants. Le développement de la radio numérique devra ainsi prendre en compte la diversité des acteurs qui composent le paysage radiophonique national.
Avec ce lancement, le Sénégal franchit une étape dans la transformation de ses infrastructures audiovisuelles. Le véritable enjeu sera désormais de rendre cette évolution accessible au plus grand nombre, tout en préservant le pluralisme et la proximité qui font la force de la radio.