Thursday, October 29, 2026
ZLECAf : l’Afrique doit transformer ses accords en échanges réels, plaident des économistes de l’ONU à Dakar

ZLECAf : l’Afrique doit transformer ses accords en échanges réels, plaident des économistes de l’ONU à Dakar

by wassare news
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Participants au dialogue de l’ONU à Dakar sur l’intégration économique africaine
Participants au dialogue de l’ONU à Dakar sur l’intégration économique africaine
Réunion consacrée à l’intégration économique africaine, à Dakar. Crédit : ONU Sénégal.

Réunis par le Système des Nations Unies au Sénégal, responsables publics, chercheurs et diplomates ont appelé à faire de la ZLECAf un instrument de production, de paiements et d’emplois, alors que le commerce intra-africain ne représentait que 14,4 % des échanges du continent en 2024.

L’Afrique a multiplié les accords d’intégration, mais leur traduction dans les échanges, les investissements et l’emploi reste insuffisante. Réunis le 27 octobre 2026 autour du Système des Nations Unies au Sénégal, économistes, responsables publics, universitaires, diplomates et représentants de la société civile ont placé la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine au centre du débat.

Un commerce intra-africain encore limité à 14,4 %

Le constat présenté pendant le webinaire est direct : en 2024, le commerce entre pays africains ne représentait que 14,4 % du commerce total du continent. Ce chiffre mesure l’écart entre l’ambition politique de l’intégration et la réalité des chaînes de valeur. Une large part des économies africaines continue d’exporter des matières premières hors du continent et d’importer des produits transformés provenant d’autres régions.

La faiblesse des échanges africains ne dépend pas uniquement des droits de douane. Elle reflète aussi les limites de la production locale, le coût du transport, les obstacles administratifs, la fragmentation des systèmes de paiement et la difficulté pour les entreprises de trouver des fournisseurs et des clients au-delà de leurs marchés nationaux.

Des accords à l’intégration économique réelle

Le Groupe des économistes du Système des Nations Unies au Sénégal, dirigé dans ce cadre par Karima Bounemra Ben Soltane de l’Institut africain de développement économique et de planification et coprésidé par Dimitri Sanga de l’UNESCO, a réuni les participants sous la coordination d’Aminata Maiga, coordonnatrice résidente des Nations Unies.

Présentant son ouvrage Africa’s Quest for Deeper Integration, l’économiste Joseph Atta-Mensah a invité à juger l’intégration par les possibilités économiques créées plutôt que par le nombre d’accords signés. Cette approche déplace le débat vers des résultats concrets : entreprises capables de produire à l’échelle régionale, circulation plus fluide des personnes et des marchandises, paiements transfrontaliers accessibles et emplois décents.

Ce que la ZLECAf peut changer pour les entreprises sénégalaises

Pour une entreprise sénégalaise, l’ouverture théorique d’un marché continental ne garantit pas automatiquement l’accès à de nouveaux clients. Il faut pouvoir respecter les normes, financer les commandes, transporter les produits à un coût compétitif et recevoir les paiements dans des délais maîtrisés. Les petites entreprises sont particulièrement exposées à ces contraintes.

La ZLECAf peut toutefois élargir les débouchés pour l’agroalimentaire, les services, le numérique, le textile, les industries culturelles et d’autres activités où le Sénégal dispose de compétences. Son effet dépendra de la capacité du pays à augmenter la production, améliorer la qualité, accompagner les exportateurs et réduire les obstacles logistiques. Le webinaire n’a pas annoncé de nouveau financement ni de calendrier opérationnel ; il a dégagé des priorités de politique publique.

Inscrire l’intégration dans la stratégie Sénégal 2050

Albéric Kacou a défendu l’idée que la ZLECAf ne soit pas traitée comme une politique commerciale isolée, mais comme la dimension régionale de la stratégie Sénégal 2050. Cette proposition signifie que les choix industriels, agricoles, numériques et logistiques du Sénégal devraient être conçus en tenant compte des marchés africains.

Une telle cohérence permettrait d’éviter que la libéralisation commerciale ne profite principalement aux économies déjà les plus productives. Elle suppose d’identifier les filières dans lesquelles le Sénégal peut gagner des parts de marché, de soutenir la compétitivité des producteurs et d’intégrer les infrastructures de transport et de paiement aux objectifs de commerce régional.

Les paiements et la mobilité au cœur de l’exécution

Les échanges ont insisté sur la circulation des personnes et des biens ainsi que sur les paiements transfrontaliers. Ces deux dimensions déterminent le coût réel du commerce. Des formalités longues aux frontières, des solutions de paiement incompatibles ou des frais élevés peuvent neutraliser les avantages obtenus par la baisse des droits de douane.

Pour les consommateurs, une meilleure intégration peut diversifier l’offre et renforcer la concurrence. Pour les travailleurs, elle peut créer des possibilités dans la logistique, la transformation, les services financiers et le numérique. Ces bénéfices restent cependant conditionnés par des règles claires, des infrastructures fiables et des mécanismes permettant aux petites entreprises et aux jeunes entrepreneurs de participer au marché.

La prochaine étape sera mesurée par les résultats

Le dialogue organisé à Dakar ne constitue pas une décision gouvernementale. Il fournit un cadre d’analyse destiné à nourrir les politiques publiques. La progression devra être évaluée à partir d’indicateurs vérifiables : part du commerce intra-africain, délais de passage aux frontières, coûts des paiements, diversification des exportations et emplois créés dans les chaînes de valeur régionales.

Le message central est que l’intégration juridique existe déjà largement. L’enjeu consiste désormais à rendre les accords utilisables par les producteurs, les commerçants, les transporteurs et les consommateurs. C’est à cette condition que la ZLECAf pourra devenir un instrument de transformation économique plutôt qu’un projet principalement institutionnel.

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