Thursday, October 29, 2026
CSW71 : le Sénégal défend une meilleure reconnaissance du travail de soins en Afrique

CSW71 : le Sénégal défend une meilleure reconnaissance du travail de soins en Afrique

by wassare news
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Participants africains réunis à Addis-Abeba pour préparer la CSW71 sur l'égalité entre les femmes et les hommes
Participants africains réunis à Addis-Abeba pour préparer la CSW71 sur l'égalité entre les femmes et les hommes
Les participants aux consultations africaines préparatoires à la CSW71, à Addis-Abeba, en octobre 2026. Photo : Ministère sénégalais de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités.

À Addis-Abeba, le Sénégal participe à la définition d’une position africaine sur le travail de soins rémunéré et non rémunéré. L’enjeu touche l’emploi des femmes, les services sociaux et le partage des responsabilités domestiques.

Le Sénégal participe à Addis-Abeba à la définition d’une position commune africaine sur la reconnaissance et la valorisation du travail de soins rémunéré et non rémunéré. La ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Marie Angélique Mame Selbé Diouf, a pris part à la réunion ministérielle préparatoire à la 71e session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies, prévue en mars 2027 à New York.

Les consultations africaines se déroulent du 22 au 29 octobre 2026. Elles doivent rapprocher les positions des États sur l’égalité entre les femmes et les hommes, l’autonomisation économique des femmes et la place du travail de soins dans les politiques publiques. La réunion ministérielle s’inscrit dans la 11e session du Comité technique spécialisé de l’Union africaine sur l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes, organisée du 26 au 29 octobre.

Le travail de soins, une activité économique souvent invisible

Le travail de soins recouvre des activités indispensables à la vie quotidienne : s’occuper des enfants, des personnes âgées, des malades ou des personnes handicapées, préparer les repas, entretenir le foyer et assurer une partie du soutien éducatif ou social. Une partie de ces tâches est rémunérée dans les services de santé, d’aide à domicile, de garde ou de protection sociale. Une autre est accomplie gratuitement au sein des familles.

Selon l’Organisation internationale du travail, les femmes réalisent 76,2 % du volume mondial d’heures de travail de soins non rémunéré, soit plus de trois fois la contribution des hommes. Cette inégalité réduit le temps qu’elles peuvent consacrer à un emploi rémunéré, à une formation, à une entreprise ou à la participation publique.

Ce que le débat signifie pour les familles sénégalaises

Pour le Sénégal, la reconnaissance du travail de soins ne signifie pas uniquement attribuer une valeur monétaire aux tâches domestiques. Elle pose des choix concrets : développer les structures de garde, renforcer les services sociaux de proximité, améliorer l’accès aux soins, protéger les travailleuses domestiques et créer des emplois décents dans les métiers du soin.

Lorsque les services de garde sont rares ou coûteux, les femmes réduisent souvent leur activité professionnelle ou restent en dehors du marché du travail. Des solutions accessibles peuvent donc accroître les revenus des ménages, favoriser l’emploi féminin et améliorer la prise en charge des enfants ou des personnes dépendantes. L’impact dépendra des budgets, de la qualité des services et de leur disponibilité en dehors des grands centres urbains.

Une position africaine en préparation

La rencontre d’Addis-Abeba doit contribuer à valider une position commune africaine sur le travail de soins. Cette position servira de base aux négociations internationales de la CSW71. Elle vise à porter des priorités partagées par les États du continent plutôt qu’une série de demandes nationales dispersées.

L’Afrique de l’Ouest a déjà engagé ce travail. Le 12 octobre, plus de 100 représentants des États de la CEDEAO, d’organisations de la société civile et d’institutions régionales ont participé à une consultation en ligne organisée avec ONU Femmes. La réunion, présidée par le Sénégal, a retenu plusieurs axes : investissement dans les systèmes de soins, production de données, cadres nationaux, professionnalisation des métiers et financement.

Le Sénégal met en avant les services et le travail décent

Le ministère sénégalais estime que les politiques publiques doivent réduire et mieux répartir la charge des soins, renforcer les services sociaux de proximité et promouvoir le travail décent. Il appelle aussi à un partage plus équitable des responsabilités domestiques entre les femmes et les hommes.

Cette approche relie la politique familiale à l’emploi et au développement. Les métiers du soin peuvent créer des postes, mais leur expansion ne garantit pas automatiquement de bonnes conditions de travail. Les rémunérations, la formation, les horaires, la couverture sociale et la reconnaissance des qualifications seront déterminants pour éviter que la professionnalisation reproduise la précarité déjà observée dans de nombreuses activités domestiques.

La CSW71 se tiendra du 8 au 19 mars 2027

ONU Femmes confirme que la 71e session de la Commission de la condition de la femme se tiendra au siège des Nations unies à New York du 8 au 19 mars 2027. Le thème prioritaire portera sur l’accélération de l’égalité de genre et de l’autonomisation de toutes les femmes et filles dans le cadre de l’Agenda 2030.

La pauvreté et l’autonomisation économique des femmes constituent un domaine transversal de la session. Les conclusions négociées par les États membres n’auront de valeur pratique que si elles se traduisent ensuite dans les politiques nationales, les budgets et les dispositifs de suivi.

Les données, condition d’une politique efficace

L’un des défis consiste à mesurer le temps consacré aux soins non rémunérés. Sans enquêtes régulières sur l’emploi du temps, il est difficile d’évaluer la répartition des tâches, leurs effets sur l’emploi et les besoins en services. Les moyennes mondiales ne remplacent pas des données nationales détaillées selon l’âge, le revenu, le lieu de résidence ou la composition du ménage.

Une politique sénégalaise de l’économie des soins devrait donc associer les statistiques, la protection sociale, l’éducation, la santé, le travail et les collectivités territoriales. Elle devra aussi préciser les bénéficiaires, les mécanismes de financement et les résultats attendus.

Du consensus international aux mesures nationales

La participation du Sénégal aux consultations africaines permet de contribuer à une position commune avant les négociations de New York. Elle ne constitue pas encore l’adoption d’un nouveau programme national. La portée réelle de l’engagement dépendra des mesures qui suivront : services accessibles, financement durable, reconnaissance professionnelle et partage des responsabilités.

Pour les femmes et les familles sénégalaises, l’enjeu est de transformer un travail essentiel mais souvent invisible en une responsabilité mieux répartie et soutenue par des services publics adaptés. C’est sur ces résultats concrets que la position défendue à la CSW71 pourra être évaluée.

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