PLFR 2026 : la majorité Pastef rejette le texte en commission et pose cinq conditions

L’hémicycle de l’Assemblée nationale du Sénégal. Photo : Assemblée nationale du Sénégal.

L’hémicycle de l’Assemblée nationale du Sénégal. Photo : Assemblée nationale du Sénégal.

Le groupe majoritaire demande de préserver les investissements sociaux, de protéger le pouvoir d’achat et d’obtenir davantage d’informations sur 120 milliards FCFA du CERP, la dette et les fonds spéciaux. La décision devra encore être examinée en plénière.

Le groupe parlementaire Pastef–Les Patriotes a refusé d’adopter en l’état le projet de loi de finances rectificative 2026 au terme des travaux de la Commission des finances et du contrôle budgétaire. Cette décision marque un désaccord majeur au sein des institutions sénégalaises, mais elle ne constitue pas encore le rejet définitif du texte par l’Assemblée nationale.

Dans un communiqué publié vendredi 23 octobre, le groupe majoritaire dit reconnaître la nécessité de réviser le budget face aux nouvelles contraintes économiques. Il conteste cependant certains arbitrages, les modalités de financement et le niveau d’information transmis au Parlement. Une séance plénière est annoncée pour mardi 27 octobre à 10 heures.

Cinq exigences avant la plénière

La première condition concerne l’investissement public et les priorités sociales. Les députés demandent de réexaminer les coupes touchant la santé, l’éducation, la formation professionnelle, l’hydraulique, les infrastructures, l’industrie et les projets de l’Agenda national de transformation. Ils souhaitent que les ajustements portent d’abord sur les dépenses considérées comme non essentielles.

La deuxième porte sur le pouvoir d’achat et l’énergie. Pastef estime qu’une baisse des subventions énergétiques devrait être accompagnée d’une diminution de la fiscalité sur les produits pétroliers et des coûts d’approvisionnement ou de production de l’électricité, afin d’éviter une hausse des prix pour les ménages et les entreprises.

Le groupe réclame ensuite des explications sur 120 milliards de francs CFA associés au Projet autonome de réponse d’urgence contingente, ou CERP. Il demande les accords conclus avec la Banque mondiale, l’origine et l’affectation des ressources, leur traitement budgétaire ainsi que l’effet des reports sur les projets d’investissement.

Quatrième exigence : accélérer la rationalisation du secteur parapublic. Le communiqué évoque la suppression de 19 entités et au moins 55 milliards de francs CFA d’économies nettes sur trois ans, tout en demandant un meilleur contrôle des fonds spéciaux et une réduction des dépenses de fonctionnement non prioritaires.

Enfin, les députés réclament davantage de transparence sur les déficits projetés, la dette non financière, les engagements de l’État et les audits réalisés par l’Inspection générale des finances et Forvis Mazars.

Un rejet en commission n’est pas le dernier mot

La Commission des finances prépare l’examen du texte, formule des recommandations et se prononce sur les dispositions soumises. La décision politique finale appartient toutefois à la plénière, où le projet peut être adopté, amendé ou rejeté selon la procédure parlementaire applicable.

Le groupe Pastef se dit ouvert à un accord avec l’exécutif avant cette étape. Cette position laisse donc une fenêtre de négociation sur la répartition des économies, les garanties de transparence et la protection des dépenses sociales.

Ce que le différend signifie pour les Sénégalais

Le débat porte sur un arbitrage concret : corriger les comptes publics sans reporter une part disproportionnée de l’effort sur les services essentiels, l’investissement et les factures d’énergie. Pour les ménages, les conséquences peuvent toucher le prix des carburants et de l’électricité. Pour les entreprises, elles concernent le coût de production, les marchés publics et le rythme des projets d’infrastructure.

La confrontation révèle également un enjeu de gouvernance. Une majorité parlementaire issue du même courant politique que l’ancien chef du gouvernement exerce désormais un contrôle plus ferme sur les choix budgétaires de l’exécutif. Le test institutionnel résidera dans la capacité des deux pouvoirs à documenter leurs positions et à parvenir, ou non, à un compromis transparent.

Les documents demandés et les amendements éventuels seront décisifs pour évaluer l’issue. Jusqu’au vote en plénière, le PLFR 2026 demeure un projet contesté, et non une loi définitivement rejetée.

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