Le Sénégal a profité du huitième sommet du Forum des pays exportateurs de gaz, organisé les 26 et 27 octobre 2026 à Moscou, pour rechercher des partenaires capables d’accompagner la transformation locale de ses ressources gazières. Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, met en avant le Gas-to-Power, les infrastructures logistiques et le contenu local. Aucun contrat, montant d’investissement ou calendrier n’a toutefois été annoncé.
La délégation sénégalaise a participé aux réunions ministérielles préparatoires puis à la session au sommet organisée sous la présidence de Vladimir Poutine. Les discussions multilatérales ont porté sur la sécurité énergétique, la stabilité des marchés et la place du gaz naturel dans la transition énergétique.
Le Sénégal siège comme pays observateur
Le Sénégal a rejoint le Forum des pays exportateurs de gaz en octobre 2022 avec le statut d’observateur. Il ne fait donc pas partie des douze membres de plein droit, mais il participe aux échanges et peut développer des coopérations avec les grands pays producteurs.
Le GECF affirme que ses membres détiennent environ 70 % des réserves prouvées de gaz naturel dans le monde, représentent 38 % de la production commercialisée, 42 % des exportations de gaz et 47 % des exportations de gaz naturel liquéfié. Pour Dakar, l’intérêt du forum réside dans l’accès à l’expérience technique, aux opérateurs et aux sources de financement réunis dans ce réseau.
De nouveau producteur à acteur de la chaîne gazière
La position du Sénégal a changé avec le démarrage des exportations du projet Greater Tortue Ahmeyim, développé avec la Mauritanie. La capacité nominale de sa première phase est de 2,5 millions de tonnes de GNL par an. Les premières expéditions en 2025 ont fait entrer les deux pays parmi les exportateurs de gaz naturel liquéfié.
Cette production offshore ne répond toutefois pas automatiquement aux besoins du marché intérieur. Pour que le gaz contribue à l’électricité, à l’industrie et aux transports, il faut des infrastructures de transport, des installations de traitement, des centrales adaptées, des contrats d’approvisionnement et un financement soutenable.
Le Gas-to-Power au centre des échanges
Selon le compte rendu publié par le ministre, les rencontres bilatérales avec ses homologues de Russie, d’Azerbaïdjan, d’Iran et du Qatar ont notamment porté sur l’accélération du Gas-to-Power. Cette stratégie consiste à utiliser du gaz pour produire de l’électricité et réduire la dépendance aux combustibles liquides importés.
Pour les usagers sénégalais, la baisse du coût de l’électricité n’est pas automatique. Elle dépendra du prix auquel le gaz est livré, du coût des pipelines et des centrales, des modalités de financement ainsi que de la performance du réseau. Une nouvelle capacité peut améliorer la sécurité de l’approvisionnement sans nécessairement se traduire immédiatement par une réduction des tarifs.
Quatre partenaires aux profils différents
La Russie, l’Azerbaïdjan, l’Iran et le Qatar possèdent des compétences distinctes dans la production, le transport, le traitement et la commercialisation du gaz. Le Qatar est un acteur majeur du GNL ; l’Azerbaïdjan dispose d’une expérience importante des corridors gaziers ; la Russie et l’Iran possèdent de vastes réserves et des capacités techniques dans plusieurs segments de la chaîne.
Le ministre affirme que ces audiences ont permis de poser les « jalons » de partenariats stratégiques. Cette formulation décrit une phase de dialogue. Elle ne permet pas de conclure qu’un financement, un transfert de technologie ou un projet a déjà été sécurisé.
Le contenu local comme test économique
Le Sénégal veut utiliser les investissements gaziers pour créer des emplois, développer des fournisseurs nationaux et renforcer les compétences techniques. La présence d’entreprises locales dans la maintenance, la logistique, l’ingénierie et les services déterminera une partie des retombées économiques.
Le contenu local ne se mesure pas seulement au nombre de contrats attribués. Il faut suivre leur valeur, la part réellement exécutée au Sénégal, les emplois durables, la formation et la capacité des entreprises nationales à accéder à des activités plus techniques.
Une diplomatie qui doit déboucher sur des projets vérifiables
La participation à Moscou place le Sénégal dans le dialogue entre producteurs au moment où il cherche à valoriser ses premières ressources. Elle peut élargir les options technologiques et financières, mais elle ne remplace pas les études, les appels d’offres, les contrats et les décisions d’investissement.
Les suites devront être évaluées à partir d’éléments concrets : partenaires retenus, volumes de gaz destinés au marché intérieur, capacités électriques installées, investissements engagés, délais de mise en service et résultats du contenu local. C’est à cette étape que l’offensive diplomatique pourra être traduite en impact pour l’économie et les consommateurs sénégalais.