Sénégal : l’ANER porte l’objectif de 10 000 MW à Tenerife

Le directeur général de l’ANER, Thierno Alia Mbengue, lors de la rencontre Espagne–Sénégal–Mauritanie à Tenerife, le 21 octobre 2026. Photo : ANER.

Le directeur général de l’ANER, Thierno Alia Mbengue, lors de la rencontre Espagne–Sénégal–Mauritanie à Tenerife, le 21 octobre 2026. Photo : ANER.

Le Sénégal a présenté à Tenerife son ambition de porter sa capacité électrique installée à 10 000 mégawatts à l’horizon 2050, dont 4 000 MW issus des énergies renouvelables. L’Agence nationale pour les énergies renouvelables (ANER) a profité d’une rencontre économique entre l’Espagne, le Sénégal et la Mauritanie pour chercher des partenaires autour de cette trajectoire. À ce stade, la réunion a servi à promouvoir des possibilités d’investissement ; elle n’a pas donné lieu à l’annonce d’un financement signé.

Le directeur général de l’ANER, Thierno Alia Mbengue, a participé le 21 octobre 2026 à la rencontre triangulaire organisée à la Chambre de commerce de Santa Cruz de Tenerife. L’événement, coordonné par Casa África dans le cadre du projet AFRICANTECH, a réuni des représentants publics, des entreprises et des organismes financiers des trois pays.

Les échanges ont porté sur les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, mais aussi sur l’économie bleue, l’industrie navale, l’agro-industrie, les infrastructures et le numérique. L’objectif affiché par les organisateurs était de mettre en relation les entreprises espagnoles avec des partenaires sénégalais et mauritaniens, d’identifier des projets et de présenter les instruments de financement disponibles.

10 000 MW en 2050, dont 4 000 MW renouvelables

L’objectif de 10 000 MW figure dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050. Le document stratégique prévoit 6 000 MW de capacités fonctionnant au gaz et 4 000 MW d’énergies renouvelables. Le chiffre de 40 % communiqué par l’ANER correspond donc à la part des renouvelables dans cette capacité projetée à long terme.

Cette cible ne doit pas être confondue avec l’engagement pris dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique juste. Le JETP vise une part de 40 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique à l’horizon 2030. Les deux objectifs utilisent le même pourcentage, mais ils ne portent ni sur la même échéance ni nécessairement sur le même indicateur.

La distinction est essentielle pour mesurer les progrès. Une capacité installée indique la puissance théorique des équipements disponibles. La part dans le mix dépend de l’électricité réellement produite par chaque source, laquelle varie selon la disponibilité des centrales, du soleil, du vent, du réseau et des besoins de consommation.

Tenerife comme point de contact avec les investisseurs

La rencontre a été conçue pour rapprocher les acteurs économiques des Canaries et d’Afrique de l’Ouest. AFRICANTECH est un projet de coopération soutenu par le programme européen Interreg MAC 2021-2027. Il cherche notamment à renforcer la compétitivité des petites et moyennes entreprises par l’innovation, la numérisation et les partenariats transfrontaliers.

Pour le Sénégal, la présence de l’ANER permet de présenter un marché dont les besoins dépassent la seule construction de centrales. La montée en puissance des renouvelables suppose également des réseaux de transport et de distribution, des solutions de stockage, des équipements de contrôle, des compétences de maintenance et des mécanismes de financement adaptés.

L’Espagne et les îles Canaries disposent d’entreprises actives dans le solaire, l’éolien, l’ingénierie et la gestion des réseaux insulaires. La proximité géographique avec l’Afrique de l’Ouest peut faciliter les échanges techniques et commerciaux. Mais la réunion de Tenerife reste une étape de prospection : les projets devront encore être identifiés, évalués, financés et attribués selon les procédures applicables.

Ce que prévoit le Code de l’électricité

L’ANER rattache sa démarche aux articles 54 et 55 du Code de l’électricité. L’article 54 prévoit l’élaboration d’un plan national de production à partir des renouvelables, en tenant compte de la diversification des sources, de la capacité du réseau et de la planification au moindre coût.

L’article 55 encadre les conditions techniques, l’achat, la vente et la rémunération de l’électricité renouvelable. Il prévoit aussi que le choix des producteurs vendant en gros fasse l’objet d’une mise en concurrence. Autrement dit, la mobilisation d’investisseurs ne suffit pas : la viabilité des projets dépendra du cadre réglementaire, des tarifs, des garanties, de la capacité du réseau à absorber la production et de la transparence des procédures.

Quels effets pour les ménages et les entreprises ?

Si les investissements annoncés dans la stratégie se concrétisent, l’augmentation de l’offre électrique peut soutenir l’industrialisation, réduire les contraintes qui pèsent sur les entreprises et améliorer la continuité du service. Les renouvelables peuvent aussi limiter l’exposition du système électrique aux variations des prix des combustibles importés.

Les bénéfices pour les usagers ne seront toutefois pas automatiques. Ils dépendront du coût des financements, de la qualité des contrats, des investissements dans le réseau et de la maîtrise des pertes techniques et commerciales. Une centrale supplémentaire ne réduit pas forcément la facture si les conditions financières sont coûteuses ou si le réseau ne peut pas acheminer efficacement l’électricité produite.

L’enjeu social concerne également l’accès. La stratégie Sénégal 2050 associe l’augmentation des capacités à l’objectif d’une électricité universelle, fiable et abordable, notamment dans les zones rurales. Les futurs projets devront donc être évalués sur le nombre de ménages et d’activités économiques réellement desservis, pas seulement sur les mégawatts installés.

Emplois locaux et transfert de compétences

L’ANER présente la transition énergétique comme une source potentielle de valeur et d’emplois. Pour que cette promesse se traduise dans l’économie sénégalaise, les accords avec les partenaires étrangers devront préciser la part de contenu local, la formation des techniciens, l’implication des entreprises nationales et la maintenance des équipements.

Les retombées peuvent concerner l’installation de panneaux, le génie civil, l’exploitation des centrales, les services numériques et la maintenance. Leur ampleur dépendra du montage de chaque projet et de la capacité des entreprises locales à accéder aux marchés.

Les annonces concrètes restent à venir

La rencontre de Tenerife confirme que le Sénégal cherche à internationaliser sa stratégie énergétique et à attirer le secteur privé. Elle ne permet pas encore d’évaluer le volume d’investissement mobilisé ni le calendrier des futurs projets.

Les prochaines informations déterminantes seront les protocoles signés, les projets retenus, les montants de financement, les conditions des garanties publiques, les appels d’offres et les dates de mise en service. C’est à partir de ces éléments que pourra être mesuré l’écart entre l’ambition de 10 000 MW et les réalisations effectives.

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