Madagascar : Michaël Randrianirina mobilise les autorités traditionnelles autour de la “refondation”

La rencontre des autorités traditionnelles du sud de Madagascar, le 24 octobre 2026 à Ihosy. Photo : Présidence de la Refondation de Madagascar.

La rencontre des autorités traditionnelles du sud de Madagascar, le 24 octobre 2026 à Ihosy. Photo : Présidence de la Refondation de Madagascar.

À Ihosy, 500 représentants traditionnels ont remis leurs conclusions au président de la Refondation, dans un processus de consultation qui doit encore préciser son calendrier, ses règles et sa traduction institutionnelle.

Le président de la Refondation de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, a participé samedi 24 octobre 2026 à Ihosy à une rencontre réunissant 500 représentants traditionnels venus de plusieurs régions du sud du pays. Les participants ont remis les conclusions de leurs travaux, appelées à alimenter la consultation nationale sur l’avenir institutionnel de Madagascar.

Organisée sur la place de l’Indépendance, la rencontre était consacrée au rôle des valeurs et des mécanismes traditionnels dans la solidarité, la médiation et la reconstruction de l’État. La Présidence de la Refondation présente cette démarche comme un moyen d’élargir le débat au-delà des cercles politiques et administratifs.

Les autorités traditionnelles intégrées à la consultation

Les délégations provenaient notamment des zones rattachées à Fianarantsoa et Toliara. Elles ont formulé des propositions que le Conseil des Églises chrétiennes de Madagascar, le FFKM, doit prendre en compte dans le cadre de la concertation nationale.

Michaël Randrianirina a défendu l’idée que les orientations du pays ne doivent pas être décidées par un groupe restreint. Il a présenté les autorités traditionnelles comme des relais de proximité, capables de transmettre les préoccupations locales, de prévenir certains conflits et de contribuer à la cohésion sociale.

Cette participation élargit la base du dialogue, mais elle soulève aussi une exigence de représentativité. Le poids attribué aux propositions des chefs traditionnels devra être articulé avec celui des citoyens, des femmes, des jeunes, des organisations professionnelles, de la société civile et des formations politiques.

Une refondation encore à traduire dans des règles

Le programme officiel de la Refondation prévoit un processus devant conduire à de nouveaux fondements institutionnels et, à terme, à une Ve République. Les autorités présentent la consultation comme l’un des instruments destinés à définir ces orientations.

La portée de la réunion d’Ihosy dépendra toutefois de la manière dont ses conclusions seront publiées, comparées aux contributions recueillies ailleurs et intégrées à un document national. Sans méthode claire de synthèse et de décision, une consultation très large peut produire de nombreuses attentes sans permettre d’identifier les arbitrages retenus.

Le calendrier constitue un autre point d’attention. Une transition gagne en crédibilité lorsque ses étapes, ses responsables et ses échéances sont connus. La participation des territoires ne remplace pas la nécessité de règles transparentes sur la préparation des textes, leur validation et l’organisation des futurs scrutins.

Corruption, richesses nationales et justice parmi les thèmes évoqués

À Ihosy, le président de la Refondation a abordé la lutte contre la corruption et l’impunité. Il a également demandé aux autorités traditionnelles d’alerter l’État face au trafic illégal d’or et à la sortie clandestine de richesses nationales.

Ces déclarations signalent une priorité politique, mais leur efficacité dépendra des enquêtes, des contrôles douaniers, de la traçabilité de la production et de l’indépendance des institutions chargées de sanctionner les infractions. Les signalements locaux peuvent aider à détecter les réseaux, à condition que les témoins soient protégés et que les procédures suivent leur cours.

Michaël Randrianirina a par ailleurs évoqué l’accès à la justice et la place de la langue dans un système encore marqué, selon lui, par un héritage juridique français. La question renvoie à la compréhension des procédures par les citoyens, au coût de la justice et à la disponibilité de services de proximité.

Le service national évoqué, sans décision arrêtée

Le dirigeant a aussi indiqué que le retour d’un service national pour les jeunes était à l’étude. L’idée n’a pas été présentée comme une mesure déjà adoptée. Elle nécessiterait de préciser les objectifs, la durée, le statut des participants, les exemptions, le financement et les garanties contre les abus.

Les autorités ont enfin appelé les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales. Ce message relie la consultation institutionnelle à la préparation de futurs rendez-vous électoraux, sans que la réunion d’Ihosy ait fixé à elle seule un calendrier de vote.

La rencontre montre la volonté du pouvoir de transition d’ancrer sa démarche dans des structures sociales reconnues localement. Sa valeur politique se mesurera désormais à la transparence donnée aux propositions, à la diversité réelle des participants et à la capacité de transformer la consultation en règles acceptées, vérifiables et limitées dans le temps.

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