Économie Gabon : jusqu’à 5,3 % du PIB de gains budgétaires possibles, selon la Banque mondiale wassare newsOctober 23, 2026020 views Revue des finances publiques du Gabon 2026. Visuel : Banque mondiale. Revue des finances publiques du Gabon 2026. Visuel : Banque mondiale. La Banque mondiale estime que les réformes proposées dans sa Revue des finances publiques du Gabon 2026 pourraient produire des gains budgétaires nets équivalant à 1,8 % à 5,3 % du produit intérieur brut. Ce potentiel n’est pas une économie déjà réalisée : il dépend de changements dans la fiscalité, les dépenses, les marchés publics, la gestion des entreprises d’État et les secteurs extractifs. Le rapport dresse un constat central : le Gabon dispose d’importantes richesses pétrolières, minières et forestières, mais les ressources publiques ne se traduisent pas encore suffisamment par de meilleurs services collectifs. Le pays appartient à la catégorie des économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, tandis que son PIB réel par habitant en 2024 restait inférieur de 13 % à son niveau de 2000 et qu’environ un tiers de la population vivait dans la pauvreté. Cette contradiction est au cœur de l’analyse. La Banque mondiale ne propose pas seulement de réduire les dépenses. Elle recommande de mieux mobiliser les recettes, de rendre les arbitrages budgétaires plus transparents et de déplacer davantage de moyens vers la santé, l’éducation et la protection sociale. Des dépenses à 25 % du PIB, mais seulement 4 % pour les secteurs sociaux Les dépenses publiques ont atteint 25 % du PIB en 2023-2024, selon le rapport. Dans le même temps, les allocations destinées aux secteurs sociaux ne représentaient que 4 % du PIB, soit moins de la moitié de la moyenne de l’Afrique subsaharienne relevée par la Banque mondiale. Cette structure budgétaire réduit la marge disponible pour les services directement ressentis par les ménages. La masse salariale publique, les subventions aux carburants et le service de la dette absorbent une part importante des ressources. Le problème soulevé n’est donc pas uniquement le niveau de la dépense, mais sa composition et son efficacité. Les indicateurs sociaux illustrent cette tension. Le Gabon comptait 0,5 médecin pour 1 000 habitants selon les données reprises dans l’étude. Moins de la moitié des enseignants du préscolaire avaient reçu une formation formelle et les dépenses consacrées aux filets de protection sociale ne représentaient que 0,03 % du PIB en 2024. Une base fiscale non pétrolière encore étroite Les recettes fiscales non pétrolières ont représenté en moyenne 10,5 % du PIB entre 2014 et 2024. La Banque mondiale relie ce niveau aux exonérations fiscales et aux difficultés de conformité. Cette faiblesse expose davantage les finances publiques aux variations des revenus tirés des matières premières. Pour élargir les recettes intérieures, le rapport recommande notamment de numériser les factures de TVA, d’étendre la plateforme Digitax à l’ensemble des contribuables et des impôts, de rationaliser les exonérations et de mieux appliquer la fiscalité foncière. Ces propositions doivent être distinguées des résultats déjà obtenus. Elles indiquent les domaines dans lesquels l’institution estime que le Gabon pourrait améliorer le recouvrement ; elles ne garantissent ni un rendement immédiat ni un montant identique chaque année. Marchés publics, arriérés et entreprises d’État sous surveillance La gouvernance des finances publiques constitue l’un des points les plus sensibles du diagnostic. Les contrats directs ont représenté 90 % de la valeur des marchés publics en 2024. La part élevée de ces procédures limite la concurrence et renforce l’enjeu de transparence sur les prix, les bénéficiaires et l’exécution des contrats. Le rapport indique également que les arriérés de dette atteignaient 3,5 % du PIB à la fin de 2025, tandis que la dette cumulée des principales entreprises publiques dépassait 8 % du PIB. Ces engagements peuvent peser sur la trésorerie de l’État lorsqu’ils ne sont pas pleinement recensés ou lorsque les entreprises publiques ne peuvent pas assurer leur service de dette. La Banque mondiale recommande l’adoption de marchés publics électroniques, la publication d’un premier rapport consolidé sur le portefeuille des entreprises publiques et une nouvelle loi imposant une divulgation complète de leurs informations financières. Pétrole, manganèse et bois : mieux capter la valeur publique Le Gabon figure parmi les principaux producteurs africains de pétrole, occupe une place majeure sur le marché mondial du manganèse et dispose d’un secteur forestier important. Pourtant, le rapport estime que les recettes publiques tirées de ces ressources restent inférieures à leur potentiel. L’étude appelle à publier intégralement les contrats extractifs, à renforcer l’engagement dans l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives et à examiner des régimes fiscaux pétroliers et miniers plus progressifs. L’objectif est d’améliorer la part de la richesse qui revient au budget national tout en maintenant un cadre d’investissement lisible. Ce que les gains de 1,8 % à 5,3 % du PIB signifient réellement La fourchette de 1,8 % à 5,3 % du PIB additionne les effets estimés de plusieurs réformes. Elle ne correspond ni à un financement déjà disponible ni à une promesse de décaissement de la Banque mondiale. Sa concrétisation dépendrait de l’ampleur des mesures adoptées, de leur calendrier, de la qualité de leur mise en œuvre et de la capacité de l’administration à en suivre les résultats. Si ces gains étaient effectivement dégagés et réorientés, ils pourraient renforcer les soins de santé primaires, l’éducation, la protection sociale et les investissements du Plan national de croissance et de développement 2026-2030. La Banque mondiale recommande notamment une suppression progressive des subventions aux carburants, accompagnée de mécanismes ciblés pour protéger les ménages vulnérables. Les indicateurs à suivre Pour les Gabonais, le test ne sera pas seulement l’adoption de nouvelles règles. Il portera sur la baisse des marchés attribués sans concurrence, la publication des comptes des entreprises publiques, la réduction des arriérés, l’augmentation des crédits effectivement exécutés dans la santé et l’éducation et l’amélioration de l’accès aux services. Le rapport fournit ainsi une feuille de route, pas un bilan de réformes achevées. La portée économique du diagnostic dépendra de la capacité des autorités à transformer les économies potentielles en services publics mesurables et à rendre compte de l’utilisation des ressources dégagées.