Politique PASTEF face à ses premières fractures : la démission de Mansour Diop révèle-t-elle la crise de la promesse de rupture ? wassare newsJuly 23, 2026098 views Analyse : du militant convaincu au cadre désabusé, le départ du DG de l’hôpital Aristide Le Dantec pose une question centrale : le parti qui incarnait la rupture est-il en train de reproduire les mécanismes politiques qu’il dénonçait ? La démission d’El Hadji Mansour Diop du parti PASTEF-Les Patriotes ne constitue pas seulement le départ d’un responsable politique de plus. Elle intervient à un moment particulièrement sensible pour la formation créée par Ousmane Sonko : celui de la transformation d’un mouvement de contestation en parti de pouvoir. Dans une lettre ouverte adressée à Ousmane Sonko, président de PASTEF, le directeur général de l’hôpital Aristide Le Dantec accuse l’appareil interne du parti de dérives contraires aux valeurs qui l’avaient convaincu de rejoindre le projet politique. Il évoque notamment une « gestion clanique », des « logiques de personnes » et un éloignement progressif des principes de « Jub, Jubal, Jubbanti ». Au-delà du cas personnel de Mansour Diop, cette sortie ouvre un débat plus large : PASTEF est-il confronté au même phénomène que plusieurs partis arrivés au pouvoir avant lui, lorsque la gestion des responsabilités transforme les rapports internes ? Mansour Diop : le profil d’un cadre qui croyait à la rupture Le parcours de Mansour Diop donne une dimension particulière à sa décision. Médecin, universitaire et responsable hospitalier, il ne correspond pas au profil classique du militant politique professionnel. Lors de sa nomination à la tête de l’hôpital Aristide Le Dantec, il avait placé son action sous le signe de la modernisation de l’établissement et des valeurs de « Jub Jubal Jubbanti ». Son engagement au sein du Mouvement national des cadres patriotes (MONCAP) représentait justement cette ambition affichée par PASTEF : attirer une nouvelle génération de compétences issues de la société civile et des professions. C’est ce qui donne une portée politique à son départ. Le problème n’est pas seulement qu’un militant quitte un parti. Le problème est qu’un cadre qui symbolisait la jonction entre expertise professionnelle et engagement politique affirme que cette promesse n’aurait pas été respectée. La question centrale : PASTEF est-il victime de son succès ? Tous les grands partis connaissent cette phase. Lorsqu’ils sont dans l’opposition, ils fonctionnent souvent autour d’un objectif commun : combattre le système en place. Les frustrations individuelles sont absorbées par la cause collective. Mais une fois au pouvoir, une nouvelle réalité apparaît : les postes deviennent stratégiques ; les nominations deviennent sensibles ; les rivalités internes deviennent visibles ; les attentes des militants augmentent. C’est exactement le moment où les mouvements de rupture sont généralement testés. Le défi de PASTEF est donc historique : comment rester un parti de transformation tout en devenant un parti de gouvernement ? Le cas Mansour Diop rappelle d’autres départs dans l’histoire politique sénégalaise Le Sénégal a déjà connu ce phénomène. Plusieurs grandes formations politiques ont vu apparaître des fractures internes après leur arrivée au pouvoir. Le Parti socialiste après 1960. Le Parti démocratique sénégalais après 2000. L’Alliance pour la République après 2012. Dans chaque cas, le pouvoir a créé de nouvelles lignes de fracture : anciens compagnons contre nouveaux arrivants ; militants historiques contre responsables nommés ; idéologues contre gestionnaires. La question qui se pose aujourd’hui à PASTEF est similaire. Les militants de la première heure accepteront-ils une professionnalisation du parti ? Les cadres technocrates accepteront-ils les règles internes d’un mouvement militant ? Le symbole du MONCAP : quand les cadres demandent une place dans la décision L’une des particularités de PASTEF a toujours été d’avoir voulu construire une nouvelle culture politique. Les cadres, experts et membres de la société civile devaient jouer un rôle important dans la définition des politiques publiques. Mais l’expérience du pouvoir pose une difficulté : Un parti militant fonctionne avec une logique de fidélité. Une administration publique fonctionne avec une logique de compétence. Le conflit apparaît lorsque ces deux cultures se rencontrent. La sortie de Mansour Diop pose donc une question stratégique : PASTEF veut-il être un parti de militants ou un parti d’experts ? Ou doit-il réussir à combiner les deux ? Une démission qui intervient dans un contexte politique particulier Le départ de Mansour Diop intervient quelques semaines après plusieurs changements majeurs dans l’architecture politique du pays : la restructuration du pouvoir exécutif ; la montée en puissance de Bassirou Diomaye Faye avec la création de sa propre formation politique ; la redéfinition du rôle d’Ousmane Sonko dans le paysage politique national. Dans ce nouveau contexte, PASTEF doit gérer une double équation : D’un côté, conserver son identité historique autour de Sonko. De l’autre, accompagner un président de la République qui cherche à structurer son propre espace politique. Cette période peut naturellement provoquer des repositionnements internes. La grande question : simple crise interne ou début d’une recomposition ? Il serait prématuré de parler d’effondrement de PASTEF. Une démission individuelle ne suffit pas à annoncer une crise majeure. Mais elle constitue un signal politique. Car Mansour Diop ne critique pas seulement une personne. Il critique une méthode de fonctionnement. Et c’est précisément ce type de critique qui peut fragiliser un parti de pouvoir lorsqu’elle vient de l’intérieur. Le véritable enjeu pour Ousmane Sonko et les dirigeants de PASTEF sera désormais de répondre à une question fondamentale : Comment préserver l’esprit de rupture qui a porté le parti au pouvoir, tout en acceptant les contraintes et les contradictions de l’exercice du pouvoir ? Car l’histoire politique sénégalaise montre une chose : les partis ne meurent pas forcément à cause de leurs opposants. Ils commencent souvent à changer lorsqu’ils ne reconnaissent plus eux-mêmes leurs propres militants.