CAN à 28 équipes, compétitions élargies, coorganisations… Patrice Motsepe est-il en train de transformer la CAF en copie de la FIFA ?

Alors que le président de la CAF réaffirme son soutien à Gianni Infantino, les réformes engagées par l’instance africaine interrogent. Derrière l’argument du développement du football, certains observateurs voient une volonté de reproduire presque à l’identique le modèle imposé par la FIFA, sans toujours tenir compte des réalités africaines.

Depuis son arrivée à la tête de la Confédération africaine de football (CAF) en 2021, Patrice Motsepe affiche une proximité assumée avec le président de la FIFA, Gianni Infantino. Cette relation ne relève pas uniquement de la diplomatie sportive. Elle semble désormais se traduire dans la vision même du football africain.

L’élargissement annoncé de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) à 28 équipes, la multiplication des projets de compétitions continentales et le recours aux coorganisations rappellent fortement les réformes mises en œuvre par la FIFA ces dernières années.

La question mérite d’être posée : la CAF construit-elle un modèle africain ou applique-t-elle celui imaginé à Zurich ?

L’expansion à tout prix

Gianni Infantino a profondément transformé le football mondial.

Coupe du monde à 48 équipes.

Mondial des clubs élargi.

Nouvelles compétitions.

Davantage de matchs.

Davantage de revenus.

Aujourd’hui, la CAF semble suivre exactement la même logique.

Après être passée de 16 à 24 équipes en 2019, la CAN pourrait désormais accueillir 28 sélections.

Officiellement, l’objectif est de donner leur chance à davantage de pays africains.

Sur le papier, l’idée paraît séduisante.

Mais une question demeure : plus d’équipes signifie-t-il réellement un football plus fort ?

L’Afrique possède-t-elle les moyens d’une telle ambition ?

C’est probablement le principal angle mort de ces réformes.

Contrairement à l’Europe ou à l’Amérique du Nord, les déplacements en Afrique restent particulièrement complexes.

Dans plusieurs régions du continent, il est parfois plus simple de rejoindre Paris, Istanbul ou Dubaï que de voyager entre deux capitales africaines.

Les liaisons aériennes directes demeurent limitées.

Les billets d’avion figurent parmi les plus chers au monde.

Les infrastructures routières restent inégales.

Les procédures de visas compliquent encore davantage les déplacements.

À cela s’ajoutent les difficultés d’hébergement, les capacités limitées de certains aéroports et les contraintes sécuritaires dans plusieurs pays.

Dans ces conditions, organiser une compétition réunissant davantage de sélections représente un défi logistique considérable.

Le supporter africain, grand oublié des réformes ?

Chaque réforme est présentée comme une victoire pour le football africain.

Pourtant, les conséquences pour les supporters sont rarement évoquées.

Demain, suivre sa sélection pourrait signifier traverser plusieurs frontières, multiplier les vols, changer de monnaie à plusieurs reprises et supporter des coûts de transport largement supérieurs au pouvoir d’achat moyen de nombreux Africains.

Le risque est réel de voir la CAN devenir une compétition que les supporters locaux auront de plus en plus de difficultés à suivre physiquement.

Or l’identité du football africain repose justement sur la ferveur populaire.

La coorganisation : une solution économique… mais à quel prix ?

La CAN 2027 sera organisée par trois pays.

Sur le plan financier, cette formule présente des avantages.

Elle permet de partager les investissements nécessaires à la construction des infrastructures.

Mais elle soulève également plusieurs interrogations.

Pendant des décennies, chaque Coupe d’Afrique des nations a été associée à un pays.

Le Cameroun en 2022.

L’Égypte en 2019.

Le Gabon en 2017.

L’Afrique du Sud en 2013.

Ces compétitions ont laissé un héritage sportif mais aussi une identité culturelle forte.

Avec plusieurs pays organisateurs, cette identité risque progressivement de s’effacer.

Quel sera réellement le pays hôte ?

Comment créer une ambiance nationale lorsque les rencontres se déroulent dans plusieurs États ?

Comment permettre aux supporters de suivre leur équipe d’un pays à l’autre lorsque les coûts de déplacement restent prohibitifs ?

Le véritable problème du football africain est-il le nombre de participants ?

Depuis plusieurs années, la CAF concentre une grande partie de ses réformes sur les formats des compétitions.

Pourtant, les défis les plus importants se situent ailleurs.

Des dizaines de stades africains ne répondent toujours pas aux normes internationales.

Certaines sélections nationales sont contraintes de recevoir leurs adversaires dans un autre pays faute d’infrastructures homologuées.

Plusieurs championnats locaux connaissent des difficultés financières chroniques.

La formation des jeunes reste très inégale selon les régions.

L’arbitrage continue d’être régulièrement contesté.

Ces problèmes structurels semblent pourtant bien plus urgents que l’augmentation du nombre de participants à une compétition.

Une gouvernance qui manque de transparence ?

Autre sujet de débat : la manière dont ces réformes sont décidées.

Les grandes annonces sont généralement faites par la présidence de la CAF sans que les études d’impact soient rendues publiques.

Les supporters ignorent souvent :

  • combien coûteront ces nouvelles compétitions ;
  • quels bénéfices économiques sont attendus ;
  • quelles fédérations ont réellement soutenu ces projets ;
  • quels risques ont été identifiés.

Cette absence de transparence alimente les critiques de ceux qui dénoncent une gouvernance de plus en plus centralisée.

Le risque d’une CAN toujours plus grande… mais moins exceptionnelle

À vouloir augmenter le nombre de participants, créer de nouvelles compétitions et multiplier les réformes, la CAF prend également un risque.

Celui de banaliser progressivement son tournoi le plus prestigieux.

La force historique de la CAN résidait dans sa rareté, son intensité et son identité propre.

Chaque édition constituait un événement attendu par tout le continent.

En cherchant à suivre la logique d’expansion de la FIFA, la CAF devra veiller à ne pas perdre ce qui faisait précisément le charme de la Coupe d’Afrique des nations.

Le défi de Patrice Motsepe

Personne ne conteste la volonté de Patrice Motsepe de moderniser le football africain.

Son ambition est réelle.

Ses résultats financiers sont souvent salués.

Mais une question continuera d’accompagner chacune de ses réformes.

Le développement du football africain passe-t-il nécessairement par la reproduction du modèle de la FIFA ?

Ou l’Afrique doit-elle construire un modèle adapté à ses propres réalités économiques, sociales et logistiques ?

Car au-delà des formats et des chiffres, c’est peut-être cette réponse qui déterminera l’avenir du football africain pour les décennies à venir.

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