À Dar es-Salaam, la Première ministre congolaise a présenté l’éducation, l’autonomisation des femmes, l’aide aux survivantes, les services locaux et la santé maternelle comme des leviers de résilience dans les zones touchées par les conflits.
La Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a présenté cinq mesures sociales de son gouvernement comme des instruments de paix et de résilience dans les zones touchées par les conflits. Elle s’exprimait le 3 novembre 2026 à Dar es-Salaam, lors d’un panel de la première Conférence des femmes parlementaires de la région des Grands Lacs.
La cheffe du gouvernement a cité la prise en charge des frais d’examens d’État dans les établissements publics, l’entrepreneuriat féminin, l’accompagnement des survivantes de violences, le Programme de développement local des 145 territoires et la gratuité des accouchements. Ces mesures sont présentées par la Primature comme des actions engagées ; leur couverture et leurs résultats nécessitent toutefois un suivi chiffré indépendant.
Une conférence régionale consacrée à l’influence des femmes
La rencontre de Dar es-Salaam, organisée du 2 au 5 novembre, rassemble des femmes parlementaires des États membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Le thème central porte sur la contribution du leadership parlementaire féminin à la paix, à la sécurité et au développement.
Radio Okapi confirme que Judith Suminwa a demandé de passer d’une représentation symbolique des femmes à une influence réelle dans la prévention des conflits, la médiation, les décisions budgétaires et la reconstruction. L’Agence congolaise de presse rapporte également son appel à protéger les populations civiles et à respecter la souveraineté des États.
Maintenir l’éducation malgré les conflits
La première mesure mise en avant est la prise en charge continue des frais d’organisation des examens d’État pour les élèves des établissements publics, y compris dans les zones occupées. Le gouvernement veut ainsi éviter que la guerre ne ferme définitivement l’accès à la certification scolaire.
Pour les familles déplacées et les communautés touchées, le maintien des examens peut limiter les ruptures de parcours. Mais l’accès réel dépend aussi de la sécurité des centres, de la présence des enseignants, des déplacements possibles et de la disponibilité des documents scolaires. L’annonce devra donc être évaluée territoire par territoire.
Autonomisation économique et aide aux survivantes
Judith Suminwa a cité des programmes d’entrepreneuriat destinés aux femmes et un accompagnement psychologique, social et économique des survivantes de violences liées aux conflits. Le lien entre autonomie et paix repose sur une réalité concrète : la perte de revenus accroît la dépendance et peut exposer davantage les femmes aux abus.
L’efficacité de ces programmes dépendra de leur accessibilité en dehors des grandes villes, de la protection des bénéficiaires et de l’existence de financements stables. L’assistance aux survivantes doit également rester confidentielle, coordonnée avec les services de santé et accompagnée d’un accès effectif à la justice.
Le Programme des 145 territoires comme outil de résilience
La Première ministre a rappelé la construction d’écoles, de centres de santé et de bâtiments administratifs dans le cadre du Programme de développement local des 145 territoires. L’objectif est de rapprocher les services essentiels des populations et de réduire les inégalités territoriales.
Dans les zones fragiles, une école ou un centre de santé peut soutenir le retour des habitants, l’activité économique et la confiance envers les institutions. La réalisation matérielle des infrastructures ne suffit cependant pas : elles doivent être équipées, dotées de personnel, sécurisées et entretenues pour produire un effet durable.
La gratuité des accouchements face à la mortalité maternelle
La gratuité des accouchements figure parmi les priorités citées par Judith Suminwa. La suppression du paiement direct peut réduire un obstacle important pour les ménages pauvres et encourager le recours à une maternité ou à un centre de santé plutôt qu’à un accouchement sans assistance qualifiée.
Son impact dépend néanmoins de la disponibilité des sages-femmes, des médicaments, du sang, des moyens de référence et des soins obstétricaux d’urgence. Dans les territoires affectés par l’insécurité, la distance et les déplacements restent aussi des obstacles majeurs. Les données de fréquentation et de mortalité seront indispensables pour mesurer les résultats.
De la déclaration politique au contrôle parlementaire
Dans son discours d’ouverture, la Première ministre a demandé aux parlementaires de traduire les engagements régionaux en lois, en budgets et en mécanismes de contrôle. Cette dimension est essentielle : les cinq mesures ne peuvent contribuer à la paix que si les crédits sont votés, exécutés et évalués de manière transparente.
Les élues peuvent contrôler la répartition géographique des dépenses, demander des comptes sur l’aide aux survivantes et suivre l’accès des filles à l’éducation. Elles peuvent aussi exiger des indicateurs ventilés par sexe, âge et territoire afin d’identifier les populations laissées de côté.
Un enjeu qui dépasse les frontières de la RDC
Les déplacements de population, les échanges économiques et l’insécurité relient les pays des Grands Lacs. Une politique sociale menée dans l’Est de la RDC peut donc avoir des effets sur les communautés voisines, tandis qu’une dégradation sécuritaire se répercute rapidement au-delà des frontières.
Le message porté à Dar es-Salaam est que la paix ne relève pas seulement des accords diplomatiques ou des opérations militaires. Elle dépend aussi de l’école, de la santé, du revenu, de la justice et de services publics accessibles. Le prochain test sera la publication de résultats vérifiables montrant combien de femmes, d’enfants et de territoires bénéficient réellement de ces cinq mesures.
