Le bras de fer sur la loi de finances rectificative ne porte pas uniquement sur le niveau du déficit. Il oppose aussi deux lectures de la dépense publique : le Gouvernement invoque l’urgence énergétique et la baisse des recettes, tandis que PASTEF redoute que l’ajustement ne retarde des investissements essentiels et ne fragilise certaines politiques sociales.
Le Grand Transfert d’Eau vers Touba et Dakar, les bourses de sécurité familiale et le financement du secteur de la presse sont devenus trois marqueurs de ce désaccord.
Grand Transfert d’Eau : deux chiffres, deux périmètres
El Malick Ndiaye affirme qu’une coupe de 50 milliards de francs CFA affecte le projet d’adduction d’eau reliant le lac de Guiers à Touba puis Dakar. Ce montant correspond à l’enveloppe globale présentée dans la note publique sur le budget initial de 2026 pour le Grand Transfert d’Eau.
Le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan conteste toutefois l’idée d’une suppression du projet. Il indique que 20 milliards de francs CFA, prévus en 2026 pour commencer à indemniser les personnes affectées, sont retirés du budget rectificatif parce que le recensement et l’évaluation des indemnisations n’auraient pas encore démarré. Le projet de budget 2027 reprogramme 13,8 milliards pour ces indemnisations, avec la possibilité d’augmenter le montant selon l’avancement du dossier.
Les deux chiffres ne désignent donc pas exactement la même chose : 50 milliards renvoient à l’enveloppe annoncée pour le projet dans le budget initial, tandis que 20 milliards concernent, selon le ministère, les crédits d’indemnisation retirés en 2026. Le point à éclaircir en plénière est le montant total des crédits de paiement effectivement disponibles cette année et le calendrier complet de reprogrammation.
L’enjeu social est majeur. Le Compact national pour la sécurité de l’eau 2026-2030 présente la première phase du transfert comme devant bénéficier immédiatement à environ cinq millions de personnes et à onze millions à l’horizon 2050. Tout décalage doit donc être mesuré au regard des besoins en eau potable, de l’irrigation et de la croissance urbaine.
Bourses familiales : hausse des crédits, débat sur le ciblage
Le Gouvernement prévoit de porter les crédits des bourses de sécurité familiale de 35 à 70 milliards de francs CFA en 2026, puis à 142 milliards en 2027. Il présente cette hausse comme un passage progressif d’une subvention généralisée des produits vers un soutien plus ciblé aux ménages vulnérables.
PASTEF affirme ne pas chercher à bloquer ces transferts. El Malick Ndiaye demande cependant que les critères, les bénéficiaires et les modalités de paiement soient clairement documentés. Le parti réclame également une évaluation du programme sur les dix années de mise en œuvre sous la présidence de Macky Sall afin d’en mesurer l’impact réel.
Cette demande soulève une question de fond : doubler une enveloppe ne garantit pas, à lui seul, une meilleure protection sociale. L’efficacité dépend de la qualité du Registre national unique, de l’actualisation des données sur la pauvreté, de la régularité des paiements et de la capacité à éviter les doublons ou les exclusions.
Le soutien à la presse contesté s’il repose sur la dette
Lors de sa réponse au Gouvernement, PASTEF a également contesté le principe d’un soutien au secteur de la presse financé par l’endettement. La position exprimée ne remet pas en cause la nécessité d’aider un secteur confronté à des difficultés financières ; elle porte sur la source de financement et sur la soutenabilité de la dépense.
Pour être tranché, ce débat exige de connaître le montant concerné, le véhicule budgétaire retenu, les critères d’éligibilité et la durée du dispositif. Sans ces éléments, l’opposition entre « aide nécessaire » et « dette supplémentaire » reste trop générale pour évaluer l’effet réel sur les finances publiques ou l’indépendance des médias.
Le taux d’exécution au cœur des responsabilités
PASTEF lie certaines réductions de crédits au faible taux d’exécution de ministères qu’il accuse d’avoir consacré trop de temps à l’activité politique. Le Gouvernement répond que les reports tiennent aussi à des retards de procédures, à l’absence de financements extérieurs et à l’impossibilité matérielle d’exécuter certains crédits avant la fin de l’année.
Ces explications doivent être départagées par des données : taux d’engagement et de paiement par programme, marchés lancés, financements sécurisés, obstacles administratifs et nouveau calendrier. Pour les usagers, l’essentiel est de savoir quand l’eau, les transferts sociaux ou les services annoncés deviendront effectivement disponibles.