Le Sénégal a enregistré 998 milliards de FCFA d’engagements financiers à l’issue de la table ronde organisée le 6 octobre à Dakar pour accélérer l’accès universel à l’électricité, selon un bilan publié le 8 octobre par l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER).
L’enjeu concerne 6 471 localités restant à couvrir, représentant près d’un million de personnes, d’après l’agence. Le gouvernement entend atteindre l’accès universel en 2029, contre un taux national de 86,2 % à fin 2024, repris dans les communications du ministère chargé des Finances et de l’ASER.
Ces annonces placent désormais l’exécution des projets au centre du programme : les engagements devront se traduire en accords financiers, en travaux puis en services électriques effectivement accessibles.
Le secteur privé représente près de 82 % des engagements
L’ASER répartit les montants annoncés entre 817 milliards de FCFA provenant du secteur privé et 181 milliards issus des partenaires techniques et financiers.
Selon les calculs de WASSARE, le privé représente ainsi 81,9 % du total. Cette prépondérance rend déterminantes les conditions de participation des investisseurs : nature des projets, modalités de rémunération, répartition des risques et éventuelles garanties publiques.
Le bilan consulté ne détaille toutefois ni les contributions de chaque partenaire, ni les instruments financiers retenus, ni les échéances de décaissement. Il ne permet donc pas d’établir quelle part des engagements correspond à des conventions signées ou à des ressources immédiatement disponibles.
400 milliards de besoins et 998 milliards de promesses : des périmètres à préciser
Dans sa communication sur la réunion, le ministère chargé des Finances estimait à près de 400 milliards de FCFA les ressources à mobiliser pour électrifier plus de 6 400 localités, principalement parmi les plus isolées du pays.
Les engagements rapportés ensuite par l’ASER représentent environ 2,5 fois cette estimation. Ce rapport ne suffit cependant pas à conclure que les besoins sont intégralement financés.
Les deux montants peuvent couvrir des opérations, des périodes ou des composantes différentes. Sans ventilation détaillée, il reste impossible de déterminer dans quelle mesure les promesses répondent précisément aux besoins des localités encore privées d’électricité, ou si elles comprennent des investissements plus larges dans le secteur.
Cette clarification sera nécessaire pour apprécier les ressources réellement affectées à l’objectif de 2029.
Financer l’accès sans alourdir excessivement les engagements publics
La table ronde était coprésidée par Cheikh Diba, ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, et Abdourahmane Diouf, ministre de l’Énergie et du Pétrole.
Selon le ministère chargé des Finances, Cheikh Diba a insisté sur la nécessité de concilier les investissements et la soutenabilité financière. Il a notamment appelé à améliorer l’exécution des financements déjà mobilisés et à renforcer le suivi des engagements.
Le recours au secteur privé peut contribuer à accélérer les investissements. Son effet sur les finances publiques dépendra néanmoins des contrats conclus : garanties accordées, obligations de paiement ou autres engagements éventuels de l’État. La répartition annoncée entre partenaires ne permet pas, à elle seule, de mesurer cette exposition.
Pour les populations, l’enjeu dépasse l’arrivée du réseau
L’électrification peut faciliter la conservation des produits agricoles, le fonctionnement des ateliers, les services de santé et les activités scolaires. Ces bénéfices dépendront aussi du coût du raccordement, du prix de l’énergie et de la continuité du service.
Une localité desservie ne signifie pas automatiquement que tous ses ménages disposent d’un branchement utilisable et financièrement accessible. De même, le nombre de localités non couvertes et le taux national d’accès mesurent des réalités différentes : ils ne peuvent être rapprochés directement sans connaître leurs définitions statistiques.
Pour évaluer les progrès vers 2029, les indicateurs décisifs seront donc les financements effectivement décaissés, les infrastructures mises en service, les nouveaux ménages raccordés et la qualité de l’alimentation électrique.
À ce stade, les annonces témoignent d’un intérêt financier important pour le programme. Leur portée se mesurera à la livraison des projets et à l’accès effectif des populations au service.
Photo : ministère chargé des Finances du Sénégal — table ronde du 6 octobre 2026.