Résolution 1325 : à Thiès, le Sénégal veut renforcer la place des femmes dans la prévention des conflits

La ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Marie Angélique Mame Selbé Diouf, lors de la célébration du 26e anniversaire de la Résolution 1325 à Thiès. Photo : ministère de la Famille / Facebook.

La ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Marie Angélique Mame Selbé Diouf, lors de la célébration du 26e anniversaire de la Résolution 1325 à Thiès. Photo : ministère de la Famille / Facebook.

À l’occasion du 26e anniversaire de la Résolution 1325 des Nations unies, le gouvernement sénégalais a plaidé à Thiès pour une présence accrue des femmes dans la médiation et les mécanismes locaux de paix. La rencontre remet aussi au premier plan la nécessité d’un cadre national actualisé, le dernier plan d’action publiquement accessible couvrant la période 2020-2024.

Le Sénégal a célébré, le 31 octobre 2026 à l’Université Iba Der Thiam de Thiès, le 26e anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité. La rencontre, présidée par la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Marie Angélique Mame Selbé Diouf, avait pour thème le renforcement du leadership féminin dans la prévention des conflits, la médiation et la consolidation de la cohésion sociale.

L’événement a été organisé par la Direction de l’Équité et de l’Égalité de Genre, avec l’accompagnement technique d’ONU Femmes et l’appui financier de l’Agence italienne pour la coopération au développement. Les informations ont été publiées par le ministère de la Famille et confirmées par l’Agence de presse africaine.

Ce que demande réellement la Résolution 1325

Adoptée à l’unanimité le 31 octobre 2000, la Résolution 1325 demande aux États d’accroître la représentation des femmes dans les institutions et les mécanismes chargés de prévenir, gérer et résoudre les conflits. Elle appelle aussi à protéger les femmes et les filles contre les violences, notamment sexuelles, et à intégrer une perspective de genre dans les accords de paix, l’aide humanitaire et la reconstruction.

Le texte ne se limite donc pas à une reconnaissance symbolique. Il implique une participation effective aux lieux où se prennent les décisions, ainsi que des moyens de protection, de prévention, de formation et de suivi.

À Thiès, un appel à dépasser la seule image de victime

Dans son intervention, la ministre a plaidé pour que les femmes soient pleinement reconnues comme médiatrices, négociatrices et bâtisseuses de solutions durables, et pas seulement comme victimes des crises. Elle a demandé une représentation accrue des femmes dans les mécanismes et les comités locaux de paix.

Cette orientation donne un rôle central aux initiatives communautaires. Les tensions foncières, politiques, familiales ou intercommunautaires sont souvent détectées et traitées au niveau local. La présence des femmes dans les dispositifs d’alerte, de dialogue et de médiation peut donc améliorer la prise en compte de réalités qui restent parfois absentes des cadres institutionnels.

Les hommes et les garçons appelés à devenir des alliés

La ministre a également appelé les hommes et les garçons à participer à la promotion de l’égalité, à la prévention des violences et à la cohésion sociale. Cette approche élargit la responsabilité : les politiques en faveur des femmes ne peuvent produire des résultats durables si les normes sociales, les comportements violents et les rapports de pouvoir ne sont pas traités avec l’ensemble de la communauté.

La participation masculine ne doit toutefois pas réduire la place des organisations féminines. Elle doit soutenir leur accès à la décision, à la formation, au financement et aux espaces de médiation.

Un plan d’action national arrivé à échéance

Le Sénégal a déjà adopté des plans d’action pour mettre en œuvre la Résolution 1325. Le plan le plus récent publiquement accessible couvre la période 2020-2024. Il identifie notamment la consolidation de la paix en Casamance, la prévention des tensions et la protection des femmes et des filles comme des enjeux prioritaires.

La communication sur la rencontre de Thiès ne précise pas si un nouveau plan a été adopté pour la période postérieure à 2024. Elle ne fournit pas non plus de budget, de calendrier ni d’objectifs chiffrés concernant la présence des femmes dans les comités locaux de paix. Ces éléments seront nécessaires pour mesurer le passage des engagements à l’action.

Quels résultats suivre au niveau local ?

Plusieurs indicateurs peuvent permettre d’évaluer la mise en œuvre : le nombre de femmes siégeant dans les mécanismes de prévention et de médiation, leur pouvoir réel de décision, les financements accordés aux organisations locales, le nombre de femmes formées et la proportion de recommandations effectivement appliquées.

Il faudra également suivre l’accès des victimes de violences à la protection, à la justice et aux services d’accompagnement. Le simple nombre de réunions organisées ne suffit pas à établir un progrès si les femmes restent minoritaires dans les décisions ou si les organisations de terrain manquent de ressources.

De la commémoration à la redevabilité

La rencontre de Thiès remet la Résolution 1325 dans le débat public sénégalais et valorise les femmes comme actrices de paix. La prochaine étape consiste à publier un cadre national actualisé, doté de responsabilités claires, d’un budget et d’indicateurs vérifiables.

Pour les collectivités, les organisations de femmes et les institutions, l’enjeu est désormais de traduire les recommandations en mécanismes locaux réellement ouverts. La crédibilité de l’engagement sénégalais dépendra moins des déclarations que de la place accordée aux femmes lorsqu’une crise doit être prévenue, négociée ou résolue.

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