PLFR 2026 : 340 milliards de recettes en moins et 540 milliards de charges nouvelles, les arbitrages du Gouvernement

Le Gouvernement sénégalais justifie le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2026 par un double choc : environ 340 milliards de francs CFA de recettes en moins et près de 540 milliards de charges supplémentaires. Cette dégradation conduit l’exécutif à relever le déficit à 7,6 % du produit intérieur brut et à revoir plusieurs investissements.

Présentant les chiffres dimanche 25 octobre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a défendu un ajustement rendu nécessaire par des hypothèses économiques devenues obsolètes, notamment sur le prix du pétrole, et par des dépenses nouvelles dans l’énergie, la défense et la sécurité.

Les recettes ramenées à 5 848,7 milliards FCFA

Les recettes de l’État sont révisées de 6 188,8 milliards à 5 848,7 milliards de francs CFA, soit une diminution d’environ 340 milliards. Dans le même temps, la prévision de croissance pour 2026 passe de 5 % à 2,7 %.

Le déficit budgétaire, initialement fixé à 5,4 % du PIB, est désormais attendu à 7,6 %. Cette révision ne constitue pas seulement un indicateur comptable : elle mesure l’écart supplémentaire que l’État devra financer entre ses ressources et ses dépenses.

Les subventions énergétiques passent de 250 à 790,3 milliards

Le poste le plus spectaculaire concerne les subventions à l’énergie. Leur enveloppe passe de 250 milliards à 790,3 milliards de francs CFA, soit une hausse de 540,3 milliards. Le Gouvernement explique cette progression par l’augmentation des cours internationaux et par le choix de limiter la transmission immédiate du choc aux prix payés par les ménages et les entreprises.

Le Premier ministre a indiqué que le budget initial reposait sur une hypothèse d’environ 69 dollars le baril, alors que les cours ont ensuite dépassé 100 dollars. La question centrale est donc celle du financement de cette protection : maintenir les prix réduit le choc pour les consommateurs, mais mobilise des ressources qui ne peuvent plus être affectées à d’autres priorités.

555 milliards de crédits d’investissement révisés

Les crédits de paiement destinés à l’investissement sont diminués d’environ 555 milliards de francs CFA. Le Gouvernement insiste sur le fait qu’une part importante des projets est différée et non abandonnée. Plusieurs infrastructures sanitaires, éducatives, agricoles et de sécurité devraient être reprogrammées dans le budget 2027.

Cette distinction est essentielle. Un report préserve juridiquement ou politiquement un projet, mais retarde ses effets économiques : emplois de chantier, commandes aux entreprises, accès à un service public ou amélioration d’une infrastructure. Les députés demandent donc un calendrier précis permettant de vérifier que les crédits annoncés pour 2027 seront effectivement disponibles.

239 milliards de financements extérieurs non mobilisés

L’exécutif fait également état de 239 milliards de francs CFA de financements extérieurs qui n’ont pas été mobilisés, dont 143 milliards liés à des décaissements suspendus ou affectés. Par ailleurs, les recettes du Plan de redressement économique et social atteignaient 173 milliards à fin septembre, pour des dépenses évaluées à 295 milliards.

Ces écarts expliquent une partie des arbitrages, mais ils renforcent aussi la demande parlementaire de traçabilité. Pour apprécier le budget rectificatif, il faut distinguer les recettes effectivement encaissées, les financements attendus, les engagements déjà pris et les dépenses reprogrammées.

Un stock d’arriérés évalué à 1 956 milliards FCFA

Le Gouvernement chiffre à 1 956 milliards de francs CFA le stock d’arriérés et prévoit 300 milliards dans le PLFR pour commencer à l’apurer. Le règlement de ces créances peut soutenir la trésorerie des entreprises concernées, mais l’écart entre le stock total et l’enveloppe prévue montre que le processus s’inscrira sur plusieurs exercices.

Le Premier ministre a par ailleurs annoncé des réductions de 50 % à 80 % sur certaines dépenses de fonctionnement, notamment les fournitures, séminaires et cérémonies, en précisant que les secteurs sociaux doivent être préservés.

Une décision budgétaire aux effets très concrets

Pour les ménages, le PLFR arbitrera entre la protection immédiate contre la hausse de l’énergie et le maintien des investissements publics. Pour les entreprises, il déterminera le rythme de paiement des arriérés et de lancement des marchés. Pour l’État, il fixera un nouveau niveau de déficit au moment où le Sénégal négocie son programme financier avec le Fonds monétaire international.

Ces chiffres ne tranchent pas, à eux seuls, le débat politique. Ils montrent toutefois la contrainte : avec moins de recettes et davantage de charges, toute dépense protégée oblige à réduire, différer ou financer une autre priorité.

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