Le gouvernement sénégalais et la majorité parlementaire ont choisi de rouvrir les discussions sur la loi de finances rectificative de 2026, après plusieurs jours de confrontation. Le 27 octobre, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a demandé le renvoi du texte devant la Commission des finances. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a accepté cette demande et annoncé qu’un nouveau calendrier serait fixé.
Ce retour en commission évite, pour l’instant, un vote frontal dont l’issue paraissait défavorable à l’exécutif. Il ne règle cependant aucun des désaccords de fond : le niveau des dépenses, la réduction de certains investissements, les modalités de financement, le contrôle parlementaire et l’encadrement des fonds spéciaux.
Un budget profondément révisé
Le projet rectificatif repose sur des hypothèses nettement moins favorables que la loi de finances initiale. Selon les données rapportées par Reuters, la prévision de croissance réelle est ramenée à 2,7 %, contre environ 5 % initialement, tandis que le déficit budgétaire passerait de 5,4 % à 7,6 % du produit intérieur brut.
La hausse des subventions énergétiques constitue l’un des principaux facteurs de tension. Leur montant atteindrait 790,3 milliards de francs CFA, contre 250 milliards prévus initialement. Le gouvernement invoque aussi une baisse des ressources attendues du Plan de redressement économique et social : le projet de LFR les ramène de 762,9 milliards à 311,5 milliards de francs CFA, soit 451,4 milliards de moins.
Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a indiqué que 295 milliards de dépenses liées au plan de redressement avaient été différées. Le texte prévoit parallèlement 300 milliards de francs CFA pour régler une partie des arriérés de paiement de l’État.
Ces chiffres expliquent pourquoi la discussion dépasse un simple conflit politique. Ils déterminent les chantiers qui peuvent être maintenus, les entreprises qui pourront être payées, le niveau de soutien aux prix de l’énergie et la capacité de l’État à financer ses priorités sociales.
Le FMI et la restructuration de la dette en arrière-plan
Le différend budgétaire intervient alors que le Sénégal cherche à obtenir l’approbation définitive d’un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois avec le Fonds monétaire international. Un accord au niveau des services a été annoncé, mais il doit encore franchir les étapes nécessaires avant tout décaissement.
Reuters estime que l’absence d’une LFR adoptée pourrait retarder ce processus et, par ricochet, la stratégie de traitement de la dette. Le FMI évaluait la dette publique à 132 % du PIB à la fin de 2024, après la mise au jour d’emprunts qui n’avaient pas été correctement déclarés sous l’administration précédente.
Le lien entre le vote budgétaire et le programme du FMI ne signifie pas que l’adoption de la LFR suffirait à débloquer immédiatement les fonds. L’institution doit encore apprécier l’ensemble des garanties, des audits et des réformes convenues. Mais un budget cohérent avec les engagements négociés constitue une pièce importante du dossier.
L’option constitutionnelle reste en réserve
Avant le renvoi en commission, le Premier ministre avait évoqué la possibilité d’utiliser les instruments institutionnels et constitutionnels disponibles si l’impasse persistait. La Constitution prévoit, à son article 86, que le chef du gouvernement peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement sur un projet de loi de finances. Le texte est alors considéré comme adopté, sauf si une motion de censure déposée dans les vingt-quatre heures est votée à la majorité requise.
Cette procédure n’a pas été déclenchée. Le choix effectué le 27 octobre est celui du dialogue parlementaire. Son éventuelle utilisation ultérieure transformerait toutefois une divergence budgétaire en épreuve de confiance entre le gouvernement et une Assemblée où Pastef dispose de 130 sièges sur 165.
Ce que le compromis doit clarifier
Le retour en commission donne aux deux institutions une marge pour corriger le texte sans interrompre l’action publique. Pour être crédible, le compromis devra répondre à plusieurs questions précises : quels investissements seront reportés, quels secteurs seront protégés, comment seront financées les subventions énergétiques et quelles garanties de transparence seront ajoutées aux opérations budgétaires.
Pour les Sénégalais, l’impact se situera moins dans la procédure parlementaire que dans les arbitrages concrets. La réduction des investissements peut ralentir certains chantiers et affecter les entreprises du BTP. Le paiement d’arriérés peut, au contraire, soulager leur trésorerie. Les subventions énergétiques limitent la hausse des prix pour les ménages et les entreprises, mais elles augmentent la pression sur les finances publiques.
Le renvoi en commission constitue donc une désescalade, pas une solution. Sa réussite dépendra de la capacité du gouvernement à documenter ses choix et de celle des députés à transformer leurs objections en amendements chiffrés. Faute d’accord, le coût ne serait pas seulement politique : il pourrait se traduire par un retard du programme avec le FMI, une restructuration de la dette plus lente et un financement plus coûteux pour l’État.