International Washington sanctionne le ministère rwandais de la Défense et Zigama pour un soutien présumé au M23 wassare newsOctober 29, 2026010 views Des habitants fouillent les décombres après un incendie dans une zone de Bukavu contrôlée par l’AFC/M23, le 21 septembre 2026. Photo : Reuters/Victoire Mukenge. Des habitants fouillent les décombres après un incendie dans une zone de Bukavu contrôlée par l’AFC/M23, le 21 septembre 2026. Photo : Reuters/Victoire Mukenge. Les États-Unis accusent le ministère rwandais de la Défense et l’institution financière Zigama de soutenir le M23 dans l’est de la RDC. Kigali conteste son appui au mouvement et réclame l’application complète des accords de Washington. Les États-Unis ont imposé des sanctions au ministère rwandais de la Défense et à Zigama Credit and Savings Society, une institution financière au service des forces de sécurité rwandaises, en les accusant de soutenir le mouvement armé AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. La décision annoncée le 28 octobre 2026 marque un durcissement de la pression américaine sur Kigali alors que les combats se poursuivent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le département d’État américain affirme que des milliers de soldats des Forces de défense rwandaises combattent aux côtés du M23 et lui fournissent des armes ainsi qu’une formation. Washington accuse également les forces rwandaises d’avoir introduit des missiles sol-air et des équipements de brouillage susceptibles de menacer l’aviation civile. Ces éléments sont des accusations formulées par les autorités américaines ; le Rwanda nie soutenir l’AFC/M23. Le ministère de la Défense et Zigama directement visés Le ministère rwandais de la Défense est désigné en vertu du décret américain 13413, modifié, relatif aux sanctions concernant la RDC. Zigama est visée sur la même base pour avoir, selon Washington, apporté un soutien matériel, financier, logistique ou technologique aux Forces de défense rwandaises, au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo. Le Trésor américain accuse l’institution financière d’avoir facilité des paiements vers des entités en Chine et dans d’autres pays pour l’acquisition d’armes, de munitions et d’équipements militaires destinés aux forces rwandaises. Il affirme aussi qu’une agence de Zigama a permis le transport d’or provenant d’un territoire congolais contrôlé par les rebelles vers le Rwanda. Le directeur général de Zigama n’avait pas répondu dans l’immédiat à une demande de réaction rapportée par Reuters. Ce que les sanctions impliquent Une désignation par l’Office américain de contrôle des avoirs étrangers vise à bloquer l’accès des entités concernées au système financier américain. Les biens et intérêts détenus aux États-Unis, ou sous le contrôle de personnes américaines, peuvent être gelés, tandis que les transactions avec les entités inscrites sont généralement interdites sauf autorisation. L’effet peut dépasser le territoire américain. Les banques et entreprises internationales exposées au dollar renforcent souvent leurs contrôles afin d’éviter de traiter avec une entité sanctionnée. Pour Zigama, cela peut compliquer certaines relations de correspondance bancaire, des paiements internationaux et des opérations impliquant des partenaires étrangers. L’ampleur réelle dépendra des liens financiers de l’institution et des mesures de conformité adoptées par ses partenaires. Kigali invoque les engagements sur les FDLR Le gouvernement rwandais continue de rejeter les accusations de soutien au M23. Sa porte-parole, Yolande Makolo, a déclaré que les accords de Washington comportaient également des engagements sur la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda, un groupe armé hutu dont les origines remontent au génocide de 1994. Selon elle, ces engagements ne sont pas remplis. Kigali se dit prêt à appliquer pleinement les accords, à condition que la RDC respecte simultanément ses propres obligations et que le médiateur demande des comptes à toutes les parties. Cette réponse montre que le désaccord porte autant sur les faits militaires que sur la séquence d’application du processus de paix. Kinshasa salue un signal contre l’impunité Le ministère congolais des Affaires étrangères a accueilli favorablement les sanctions. Dans sa réaction, Kinshasa affirme qu’elles envoient le message que le Rwanda ne peut agir impunément et appelle Kigali à respecter les accords de Washington, la Charte des Nations unies et la souveraineté de la RDC. La position congolaise rejoint celle des États-Unis sur le retrait des forces rwandaises. Elle ne règle toutefois pas les désaccords persistants sur les groupes armés présents dans l’est du pays, ni les conditions de sécurité nécessaires à un cessez-le-feu durable. Les accords de Washington mis à l’épreuve Les dirigeants rwandais et congolais ont signé le 4 décembre 2025 les accords de Washington pour la paix et la prospérité, sous médiation américaine. Le texte devait contribuer à mettre fin au conflit et à développer le commerce et l’investissement dans la région des Grands Lacs. Les autorités américaines estiment désormais que le soutien présumé du ministère rwandais de la Défense au M23 viole ces engagements. Malgré les efforts diplomatiques, les affrontements se sont poursuivis. L’AFC/M23 contrôle de vastes portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu après son avancée de 2025, durant laquelle le mouvement s’est emparé des deux plus grandes villes de l’est congolais. Les Nations unies et plusieurs gouvernements occidentaux affirment que le groupe est soutenu par le Rwanda, ce que Kigali conteste. Les minerais au cœur de la pression américaine Washington relie également le conflit aux circuits d’approvisionnement en minerais. Le département d’État cite notamment Rubaya, dans le Nord-Kivu, une zone riche en coltan contrôlée par le M23. Il affirme que des civils y subissent du travail forcé, des conditions dangereuses et une taxation illégale. Les États-Unis appellent les entreprises et leurs partenaires à examiner leurs chaînes d’approvisionnement. Cet avertissement concerne les négociants, les raffineries et les industriels qui utilisent de l’or, du coltan ou d’autres minerais provenant de la région. Pour eux, le risque est à la fois juridique, financier et réputationnel si des ressources extraites dans des zones contrôlées par des groupes armés entrent dans leurs circuits. Une pression accrue, sans garantie d’arrêt des combats Les sanctions augmentent le coût diplomatique et financier du conflit pour Kigali. Elles visent aussi à soutenir les efforts de médiation en donnant aux accords de Washington un mécanisme de pression. Leur efficacité dépendra toutefois de la coopération des partenaires internationaux, de l’application des restrictions financières et de l’évolution des opérations militaires sur le terrain. La mesure ne constitue pas, à elle seule, une solution au conflit. La protection des civils, le retrait des forces étrangères, le désarmement des groupes armés et le contrôle des circuits miniers restent les principaux tests. Les prochaines réactions de Kigali, de Kinshasa et des médiateurs permettront de savoir si ces sanctions rapprochent les parties d’un compromis ou accentuent leur confrontation.