Invité d’honneur des célébrations du Mashujaa Day à Eldoret, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a appelé le Kenya et l’Éthiopie à transformer leur histoire commune en coopération économique plus étroite. Il a cité l’énergie propre, la connectivité, les télécommunications et le commerce parmi les secteurs prioritaires.
La 63e édition de la fête nationale kényane s’est tenue le mardi 20 octobre 2026 au stade Kipchoge Keino, dans le comté d’Uasin Gishu. Le Mashujaa Day honore les femmes et les hommes ayant contribué à la liberté, à la souveraineté et au développement du Kenya.
Un hommage aux héros kényans et à l’histoire d’Adwa
Dans son intervention, Abiy Ahmed a rendu hommage aux combattants de l’indépendance kényane ainsi qu’à ceux qui ont perdu la vie pour protéger leur pays. Il a rapproché cette mémoire de la bataille d’Adwa, victoire éthiopienne de 1896 contre l’armée italienne devenue un symbole majeur de résistance à la colonisation en Afrique.
Le Premier ministre a estimé que ces deux trajectoires rappellent que la liberté a été obtenue par le courage, l’unité et le sacrifice. Le rapprochement historique a servi de point de départ à un message tourné vers l’avenir : les deux voisins doivent, selon lui, construire une prospérité partagée sur la base de leurs intérêts communs.
Le ministère kényan des Affaires étrangères a également rapporté son appel à une coopération africaine renforcée. S’appuyant sur la rivalité sportive entre les deux pays, Abiy Ahmed a déclaré que leurs athlètes courent comme concurrents, mais que leurs États doivent bâtir comme partenaires.
Quatre domaines de coopération mis en avant
Le dirigeant éthiopien a mentionné l’énergie propre, les infrastructures de connexion, les télécommunications et le commerce. Ces secteurs ne relèvent pas seulement d’intentions diplomatiques : ils correspondent déjà à des projets transfrontaliers et à des flux économiques concrets.
L’exemple le plus avancé est l’autoroute électrique Éthiopie–Kenya. Mise en service en décembre 2022, cette ligne à courant continu haute tension relie Wolayta-Sodo, en Éthiopie, à Suswa, au Kenya. Selon la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, l’infrastructure s’étend sur plus de 1 000 kilomètres et peut transférer jusqu’à 2 000 mégawatts dans les deux directions.
Le Kenya utilise cette interconnexion pour importer de l’électricité renouvelable éthiopienne et mieux équilibrer son réseau. La ligne doit aussi faciliter, à terme, les échanges d’énergie entre les marchés électriques d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe. Elle illustre la portée pratique d’une coopération régionale : fiabiliser l’approvisionnement, réduire le recours aux productions thermiques coûteuses et créer un marché transfrontalier de l’électricité.
Connectivité et commerce : l’enjeu des corridors régionaux
La coopération routière et numérique est tout aussi importante pour deux économies enclavées dans des chaînes commerciales régionales. L’Éthiopie dépend des accès aux ports de la région, tandis que le Kenya cherche à renforcer le rôle de ses infrastructures comme portes d’entrée vers l’intérieur de l’Afrique de l’Est.
Une meilleure connectivité peut réduire les délais de transport, faciliter les échanges de marchandises et améliorer la circulation des services numériques. Elle nécessite toutefois des postes-frontières efficaces, des normes compatibles, des procédures douanières plus simples et des investissements coordonnés. Les déclarations d’Eldoret n’ont pas été accompagnées de nouveaux accords précis sur ces points ; elles fixent donc une orientation plutôt qu’un calendrier d’exécution.
Le Kenya utilise la cérémonie pour exposer ses priorités économiques
Présidant les célébrations, le président William Ruto a présenté plusieurs priorités de transformation économique du Kenya. Le gouvernement kényan a notamment mis en avant l’élargissement des débouchés commerciaux, les investissements dans les infrastructures et l’énergie, ainsi que des mesures proposées sur la fiscalité et l’emploi des jeunes.
La présence d’Abiy Ahmed a donné à cette séquence nationale une dimension régionale. Les deux pays figurent parmi les principales économies de la Corne et de l’Afrique de l’Est. Leur coopération influence les échanges d’électricité, les corridors de transport et la stabilité d’un espace confronté à des tensions sécuritaires et à des chocs climatiques récurrents.
Des annonces à traduire en décisions mesurables
Le discours d’Eldoret confirme une volonté de renforcer les relations bilatérales, mais il ne constitue pas, à lui seul, un nouvel accord. L’impact dépendra des décisions prises après la cérémonie : volumes d’électricité échangés, nouveaux investissements de réseau, réduction des obstacles au commerce, couverture des liaisons numériques et amélioration des transports.
Pour les populations des deux pays, ces résultats sont plus importants que la portée symbolique de la visite. Une coopération énergétique efficace peut peser sur le coût et la fiabilité de l’électricité. Des corridors mieux organisés peuvent réduire les coûts logistiques et élargir les marchés pour les producteurs et les entreprises.
Le Mashujaa Day a ainsi servi de plateforme à un message diplomatique clair : le Kenya et l’Éthiopie disposent déjà d’infrastructures et d’intérêts communs. Le prochain test consistera à convertir cette proximité en projets supplémentaires, assortis de financements, d’échéances et d’indicateurs publics.