« Ngaye, pourquoi nous ? » : Mouhamed Diagne appelle à une nouvelle ambition industrielle pour Mékhé

Ngaye-Mékhé dispose d’un savoir-faire artisanal reconnu, mais peine encore à transformer pleinement ce potentiel en véritable industrie. C’est l’un des constats qui ressort de l’ouvrage « Ngaye, pourquoi nous ? », signé par Mouhamed Diagne.

À travers son livre, l’auteur pose une question qui dépasse le simple cadre littéraire : pourquoi une localité connue pour son artisanat et particulièrement pour ses chaussures en cuir ne parvient-elle pas encore à tirer pleinement profit de cette richesse pour construire une véritable économie industrielle ?

Pour Mouhamed Diagne, l’avenir de Ngaye-Mékhé passe notamment par l’industrialisation. Il estime que le savoir-faire accumulé au fil des générations doit pouvoir être transformé en une véritable chaîne de valeur, capable de créer davantage d’emplois, de générer des revenus et de positionner les produits de Mékhé sur les marchés nationaux et internationaux.

Le potentiel du cuir encore insuffisamment exploité

L’un des points importants développés autour de l’ouvrage concerne le marché du cuir. Malgré la réputation de Ngaye-Mékhé dans la fabrication de chaussures et d’articles en cuir, cette matière première et les opportunités économiques qu’elle représente restent, selon l’auteur, insuffisamment exploitées.

Cette problématique n’est pas nouvelle. Des acteurs de l’artisanat de Ngaye-Mékhé dénoncent depuis plusieurs années les difficultés liées à l’approvisionnement en cuir de qualité, à la formation, aux équipements et surtout à l’écoulement des produits. Une source de presse rapportait notamment l’existence de plus de 200 ateliers de cordonnerie dans la localité et une production pouvant atteindre environ 1 600 paires de chaussures par jour.

Le défi consiste donc à passer d’un artisanat essentiellement local à une véritable filière structurée, allant de la matière première à la fabrication, au marketing, à la distribution et à l’exportation.

Une plateforme pour connecter les cordonniers au marché international

Parmi les pistes avancées par Mouhamed Diagne figure également la mise en place d’une plateforme dédiée aux cordonniers de Ngaye-Mékhé.

L’objectif serait de créer un véritable pont entre les artisans locaux et les marchés internationaux. Une telle plateforme pourrait permettre de présenter les produits fabriqués à Ngaye-Mékhé, de faciliter les commandes, d’améliorer la visibilité des artisans et de leur donner accès à une clientèle située au-delà des frontières sénégalaises.

Cette approche répond à une difficulté déjà documentée dans le secteur : malgré leur savoir-faire, les artisans de Ngaye-Mékhé rencontrent des problèmes d’écoulement et d’exportation de leurs produits.

L’enjeu serait donc de faire du numérique et de l’organisation collective des leviers de développement pour les artisans.

De la cordonnerie à l’industrie

Pour Mouhamed Diagne, il ne s’agit pas de remettre en cause l’artisanat qui constitue l’identité économique de Ngaye-Mékhé. Au contraire, l’ambition serait de s’appuyer sur ce savoir-faire existant pour franchir une nouvelle étape.

La transformation pourrait passer par une meilleure structuration des acteurs, la formation professionnelle, l’amélioration de la qualité du cuir, l’accès aux équipements modernes, le développement du design et surtout la conquête de nouveaux marchés.

Cette réflexion s’inscrit dans le parcours même de l’auteur. Originaire de Ngaye-Mékhé, Mouhamed Diagne avait commencé, alors qu’il était étudiant, à commercialiser sur le campus de l’UCAD des chaussures en cuir fabriquées à Mékhé. Cette expérience l’a ensuite conduit à lancer UNIQUE, une marque de maroquinerie destinée notamment aux étudiants des universités publiques sénégalaises.

Un ouvrage nourri par son expérience

Le parcours académique et entrepreneurial de Mouhamed Diagne éclaire également son regard sur Ngaye-Mékhé. Après son baccalauréat, il a été orienté en géographie à l’UCAD, avant de poursuivre parallèlement une formation en management. Il a finalement obtenu deux masters, l’un en géographie, option climatologie, et l’autre en science politique, option management public.

Son parcours d’auteur comprend notamment « Afroklima », publié en 2022, puis « Un si long mémoire, jamais soutenu », son premier roman paru en 2024 aux Éditions Artiges.

Avec « Ngaye, pourquoi nous ? », il revient ainsi à une question profondément liée à son territoire d’origine : comment faire de Ngaye-Mékhé non seulement une référence artisanale, mais aussi un véritable pôle économique et industriel capable de rayonner à l’international ?

Au fond, l’ouvrage apparaît comme une invitation à ne plus considérer le savoir-faire des cordonniers comme une simple tradition. Pour Mouhamed Diagne, le patrimoine artisanal de Ngaye-Mékhé peut devenir un moteur d’industrialisation, d’emploi et d’ouverture sur le monde.

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