Économie Moody’s abaisse la note du Sénégal à Caa2 et maintient une perspective négative Ndeye Fatou MbayeAugust 29, 20260133 views L’agence de notation Moody’s a abaissé vendredi 28 août 2026 la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2, tout en maintenant une perspective négative. Cette décision s’explique notamment par les difficultés croissantes de refinancement de la dette, la faiblesse des perspectives de désendettement et l’absence prolongée d’un programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Le Sénégal fait face à une nouvelle dégradation de sa situation sur les marchés financiers. Moody’s Ratings a annoncé vendredi l’abaissement de la note de crédit à long terme du pays, la faisant passer de Caa1 à Caa2. La perspective reste négative, signe que l’agence estime que les risques pourraient encore s’aggraver. Cette décision concerne les notes d’émetteur à long terme en devises étrangères et en monnaie locale, ainsi que la dette senior non garantie en devises étrangères. Les notes à court terme ont, elles, été maintenues à « Not Prime ». Des difficultés de refinancement de plus en plus importantes Pour justifier cette nouvelle dégradation, Moody’s met principalement en avant l’augmentation des pressions sur le refinancement de la dette. Autrement dit, le Sénégal doit mobiliser d’importantes ressources pour honorer ses engagements financiers et renouveler une partie de sa dette arrivant à échéance. L’agence estime également que la capacité du pays à supporter le poids de sa dette s’est détériorée et que les perspectives de réduction de l’endettement restent limitées. Ces facteurs augmentent, selon Moody’s, la probabilité d’un événement de défaut, c’est-à-dire une situation dans laquelle un État ne serait plus en mesure de respecter normalement ses obligations financières. Moody’s souligne notamment que les besoins de financement du Sénégal représenteraient environ 25 % du PIB. Dans un contexte marqué par l’absence prolongée d’un programme avec le FMI, le pays dépend davantage du marché financier régional pour trouver les ressources nécessaires. Cette situation augmente les risques liés au renouvellement de la dette ainsi que la charge des intérêts. Une dette qui pourrait rester proche de 100 % du PIB Autre élément préoccupant relevé par Moody’s : même en cas de poursuite des efforts de consolidation budgétaire, l’agence estime que la dette publique pourrait se stabiliser autour de 100 % du PIB jusqu’en 2028. Le poids des intérêts limite notamment la capacité du gouvernement à réduire rapidement son niveau d’endettement. Cette situation signifie que les marges de manœuvre financières de l’État restent particulièrement étroites. Le gouvernement doit à la fois financer ses dépenses, assurer le service de la dette et poursuivre les efforts destinés à rétablir les équilibres budgétaires. L’absence d’un programme avec le FMI au cœur des préoccupations La relation avec le Fonds monétaire international constitue également un élément central dans l’analyse de Moody’s. L’absence prolongée d’un nouveau programme avec le FMI oblige le Sénégal à davantage solliciter les marchés régionaux pour couvrir ses besoins de financement. Pour l’agence de notation, un éventuel programme avec le Fonds pourrait faciliter l’accès à des financements concessionnels et accompagner les efforts d’assainissement des finances publiques. À l’inverse, un nouveau retard dans la conclusion d’un programme pourrait accroître les tensions financières et, selon Moody’s, augmenter à terme le risque qu’une restructuration plus importante de la dette devienne nécessaire. Une perspective qui reste négative Moody’s ne s’est pas limitée à abaisser la note. L’agence a également maintenu sa perspective négative, ce qui signifie que le risque d’une nouvelle dégradation n’est pas écarté. Plusieurs facteurs sont surveillés : la capacité du gouvernement à poursuivre l’ajustement budgétaire, l’évolution de la croissance, les tensions politiques et sociales ainsi que la capacité du pays à préserver sa liquidité financière. La perspective négative constitue donc un signal supplémentaire adressé aux investisseurs et aux marchés : la situation financière du Sénégal reste sous forte surveillance. Quelles conséquences pour le Sénégal ? Une nouvelle dégradation de la note souveraine peut avoir plusieurs conséquences. Elle peut notamment rendre le financement du pays plus coûteux, les investisseurs exigeant généralement une rémunération plus importante lorsqu’ils considèrent qu’un emprunteur présente davantage de risques. Cette situation peut également compliquer l’accès aux financements internationaux et accentuer la pression sur les finances publiques. Le gouvernement devra donc poursuivre ses efforts pour améliorer la mobilisation des recettes, maîtriser les dépenses et réduire progressivement les déséquilibres budgétaires. La décision de Moody’s intervient ainsi à un moment particulièrement sensible pour les finances publiques sénégalaises. Elle met une nouvelle fois en évidence l’ampleur du défi auquel l’État est confronté : restaurer la confiance des partenaires financiers tout en évitant que le poids de la dette ne limite davantage les capacités de financement de l’économie. Source : Moody’s Ratings, informations relayées par Reuters et plusieurs sources économiques.