Politique Macky Sall, Diomaye Faye et la recomposition politique : pourquoi cette rencontre pourrait changer le Sénégal wassare newsJuly 18, 20260141 views Derrière les images d’un accueil populaire et d’une poignée de main au Palais, la rencontre entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye révèle une recomposition politique majeure. Entre ambitions internationales, réalignements internes et nouvelles alliances possibles, le Sénégal entre dans une nouvelle séquence dont les conséquences pourraient dépasser ses frontières. Pendant plusieurs mois, la politique sénégalaise semblait organisée autour d’un affrontement devenu presque évident : d’un côté, le nouveau pouvoir porté par le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko ; de l’autre, un ancien régime incarné par Macky Sall, progressivement éloigné de la scène nationale. Le retour de l’ancien président, vendredi 17 juillet, vient bouleverser cette lecture. En l’espace de quelques heures, Macky Sall est revenu au Sénégal après plus de deux ans d’absence, a démontré qu’il conservait une importante capacité de mobilisation, puis a été reçu au Palais de la République par son successeur. À première vue, il ne s’agissait que d’une étape de sa campagne pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Mais en politique, les images sont rarement anodines. Une image qui vaut un discours Lorsqu’un ancien président revient dans son pays et est accueilli officiellement par son successeur, le message dépasse largement les frontières nationales. Pour les partenaires internationaux, cette rencontre projette l’image d’institutions capables de dialoguer malgré les divergences politiques. Pour Macky Sall, cette audience renforce également sa crédibilité dans sa campagne internationale. Une candidature à la tête de l’ONU se construit autant sur les soutiens diplomatiques que sur les symboles. Être reçu officiellement par le président de son pays constitue un argument important dans cette quête. Mais cette rencontre envoie également un signal à l’intérieur du Sénégal. Et c’est peut-être là que se trouve son véritable impact. Le retour d’un acteur que beaucoup pensaient hors du jeu Depuis son départ du pouvoir en avril 2024, beaucoup estimaient que Macky Sall avait définitivement quitté le centre du débat politique sénégalais. L’accueil populaire organisé par l’Alliance pour la République (APR) raconte une autre histoire. Des milliers de militants se sont mobilisés autour de leur ancien leader. Au-delà des chiffres, cette démonstration rappelle que l’APR conserve une implantation nationale, des responsables politiques actifs et une base militante capable de répondre présente. Cette journée redonne de la visibilité à un parti que beaucoup annonçaient en perte de vitesse. Elle redonne également à Macky Sall une place dans les équilibres politiques du pays. Diomaye Faye construit sa propre présidence Cette visite intervient dans un contexte très particulier. La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a profondément modifié le paysage politique sénégalais. Depuis plusieurs semaines, le président multiplie les décisions qui montrent sa volonté d’exercer pleinement son autorité. Recevoir Macky Sall participe aussi à cette logique. En choisissant d’accorder une audience officielle à son prédécesseur, Diomaye Faye affirme une posture institutionnelle. Il montre qu’il entend gouverner en tant que président de la République, au-delà des clivages partisans. Cette image peut renforcer son crédit auprès d’une partie de l’opinion qui attend avant tout de la stabilité dans un contexte politique devenu plus incertain. Le véritable enjeu : la recomposition politique La rencontre entre les deux hommes ne signifie pas nécessairement qu’une alliance politique est en préparation. Aucun élément officiel ne permet de tirer cette conclusion. En revanche, elle confirme une réalité : les lignes politiques qui structuraient le Sénégal depuis plusieurs années sont en train de disparaître. Hier, la politique sénégalaise semblait opposer deux blocs clairement identifiés. Aujourd’hui, cette frontière devient plus floue. Les intérêts diplomatiques, les nécessités de gouvernance et les nouvelles réalités institutionnelles conduisent les acteurs politiques à revoir leurs stratégies. Le Sénégal entre progressivement dans une phase de recomposition. L’APR peut-elle redevenir un acteur majeur ? La question mérite désormais d’être posée. L’APR a perdu le pouvoir, mais elle n’a pas disparu. Le retour de Macky Sall montre que le parti dispose encore de ressources politiques importantes. Dans un contexte où le paysage politique est en pleine mutation, l’ancienne majorité pourrait retrouver un rôle d’arbitre ou de partenaire selon l’évolution des rapports de force. Les prochains mois permettront de mesurer si cette mobilisation était un simple hommage à un ancien président ou le début d’une véritable relance politique. Sonko est-il le principal perdant ? Depuis vendredi, cette question alimente les débats. La réponse est moins évidente qu’elle n’y paraît. D’un côté, la rencontre entre Diomaye Faye et Macky Sall affaiblit l’image d’une rupture totale avec l’ancien régime. Le dialogue institutionnel remplace l’affrontement permanent qui avait marqué les années précédentes. De l’autre, Ousmane Sonko conserve un capital politique important et une base militante fidèle. Il demeure l’une des principales figures politiques du pays. En revanche, la séquence actuelle montre que la vie politique sénégalaise ne s’organise plus uniquement autour de sa personne. C’est probablement la principale évolution révélée par cette visite. Un signal pour l’Afrique Au-delà du Sénégal, cette rencontre est observée dans plusieurs capitales africaines. Elle montre qu’une alternance politique peut permettre à un ancien chef d’État de revenir dans son pays, de dialoguer avec son successeur et de poursuivre une ambition internationale. À l’heure où plusieurs démocraties africaines traversent des crises institutionnelles, cette image constitue un signal positif. Elle ne fait toutefois pas disparaître les débats sur le bilan de Macky Sall. Les demandes de justice concernant les violences politiques entre 2021 et 2024, ainsi que les accusations portées par les nouvelles autorités sur la gestion des finances publiques, demeurent au cœur de l’actualité. Une nouvelle page politique s’ouvre Le retour de Macky Sall aura duré quelques heures. Mais ses effets pourraient se mesurer pendant plusieurs années. Cette visite marque peut-être le début d’une nouvelle séquence politique où les anciens adversaires dialoguent, où les alliances se redessinent et où les équilibres construits depuis 2021 sont progressivement remis en question. Une chose est certaine : le Sénégal n’est plus dans la configuration politique qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir en 2024. Une nouvelle phase s’ouvre, avec son lot d’incertitudes, d’opportunités et de calculs stratégiques. Pour les citoyens comme pour les acteurs politiques, la véritable question n’est plus de savoir pourquoi Macky Sall est revenu. Elle est désormais de comprendre ce que son retour annonce pour l’avenir du Sénégal.