De CESTI à Cotonou : Fatou Ndiaye, une plume sénégalaise au rendez-vous de l’excellence africaine

Étudiante en deuxième année de journalisme au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), Fatou Ndiaye s’apprête à franchir une nouvelle étape dans son parcours. La jeune Sénégalaise a été sélectionnée pour participer à la quatrième édition de l’École d’Été d’Écriture et de Journalisme (EEEJ), prévue du 27 juillet au 8 août à Cotonou, au Bénin.

Cette résidence de création, qui réunit chaque année de jeunes talents venus de plusieurs pays d’Afrique francophone, constitue un espace d’apprentissage, d’échange et de perfectionnement autour de l’écriture et du journalisme. Organisée par l’ONG Bénin Excellence avec le soutien de la Fondation Vallet, sous l’égide de la Fondation de France, l’EEEJ sélectionne chaque année une quinzaine de participants après un processus particulièrement exigeant.

Cette sélection revêt une dimension particulière pour le Sénégal. Fatou Ndiaye devient en effet la première femme sénégalaise à représenter le pays dans cette école d’excellence. Une reconnaissance qu’elle accueille avec fierté, mais surtout avec un sens aigu de la responsabilité.

« C’est d’abord une fierté, mais une fierté qui s’accompagne d’une responsabilité. Représenter le Sénégal, c’est porter une trajectoire collective, celle de toutes les personnes qui n’ont pas eu cette opportunité et de celles qui viendront après. Être la première n’a de sens que si cette place ouvre la voie à d’autres femmes », explique-t-elle.

Pour la future participante, cette distinction ne constitue pas une finalité, mais plutôt une étape dans une construction professionnelle. Elle compte profiter de cette expérience pour confronter ses pratiques journalistiques à celles d’autres jeunes talents africains et revenir avec de nouveaux outils à partager.

Une sélection qui récompense la rigueur et la détermination

Accéder à l’EEEJ demande bien plus qu’une simple candidature. Les participants doivent présenter un projet d’article en lien avec le thème de l’édition, expliquer leur démarche journalistique, présenter leur méthodologie, leurs sources envisagées et l’impact attendu de leur travail.

Le dossier comprend également un texte d’écriture destiné à évaluer la qualité rédactionnelle du candidat, une lettre de motivation, un curriculum vitae ainsi que différentes pièces administratives. Les profils retenus à l’issue de cette première phase passent ensuite un entretien approfondi devant un jury.

« C’est un processus long, rigoureux et exigeant, qui demande de la volonté, de la détermination et de la résilience. Il faut que le projet d’article soit suffisamment solide pour se démarquer des autres candidatures », souligne Fatou Ndiaye.

Sur l’ensemble de l’Afrique francophone, seuls quinze participants sont finalement retenus. Pour le Sénégal, le nombre de places reste très limité, avec généralement deux profils sélectionnés au maximum.

Cette exigence renforce la portée de sa participation, qui intervient après un autre succès : la jeune journaliste avait déjà obtenu le deuxième prix du concours des meilleures productions journalistiques du CJRS, dans la catégorie Étudiant.

« Camp de Thiaroye », le cinéma comme mémoire et contre-histoire

Pour cette édition placée sous le thème « Flash, Clap et patrimoine », Fatou Ndiaye a choisi de travailler sur le film « Camp de Thiaroye », réalisé en 1988 par Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow.

À travers ce projet, elle souhaite analyser le rôle du cinéma dans la construction de la mémoire collective et dans la révélation de certaines vérités historiques.

« J’ai choisi ce film pour montrer comment Ousmane Sembène a utilisé le cinéma pour révéler une vérité que les archives officielles ont longtemps travestie. Le massacre de Thiaroye n’a été officiellement reconnu qu’en 2024, soit trente-six ans après la sortie du film. Cela montre que le cinéma peut devenir une mémoire », explique-t-elle.

Son approche restera toutefois journalistique. La jeune étudiante entend confronter les différentes sources disponibles, entre archives, témoignages et documents historiques, afin de proposer un travail équilibré permettant au lecteur de se forger sa propre compréhension des événements.

À travers ce choix, elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur le rôle du journaliste et du créateur africain : raconter l’histoire du continent avec ses propres regards, ses propres récits et ses propres outils.

Une nouvelle génération de journalistes africains en construction

La participation de Fatou Ndiaye à cette résidence dépasse son parcours personnel. Elle symbolise également l’émergence d’une nouvelle génération de journalistes africains, formés dans des institutions comme le CESTI, et appelés à renouveler les façons de raconter les réalités du continent.

Entre exigence professionnelle, maîtrise des outils numériques et capacité à interroger l’histoire, ces jeunes talents portent l’ambition d’un journalisme plus proche des sociétés africaines et davantage tourné vers la production de récits originaux.

À Cotonou, Fatou Ndiaye partagera cette expérience avec Thierno Ndiaye, diplômé de la 53ᵉ promotion du CESTI. Ensemble, ils auront la mission de représenter le Sénégal lors de cette quatrième édition de l’École d’Été d’Écriture et de Journalisme et de porter les couleurs d’un pays dont l’histoire journalistique continue de s’écrire.

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