Le Sénégal et l’Égypte veulent rapprocher les positions africaines avant la Conférence des Nations unies sur l’eau, prévue du 8 au 10 décembre 2026 à Abu Dhabi. Réunis au Caire le 25 octobre, les ministres Cheikh Tidiane Dièye et Hani Sewilam ont notamment discuté de la Vision africaine de l’eau 2063, de la gouvernance continentale du secteur et de la préparation d’une position commune.
Cette concertation intervient en marge de la neuvième Semaine de l’eau du Caire, organisée du 25 au 29 octobre. Selon le ministère égyptien des Ressources en eau et de l’Irrigation, les deux responsables ont insisté sur la nécessité d’articuler les conclusions de la conférence d’Abu Dhabi avec les priorités déjà définies par les États africains.
Deux responsabilités complémentaires
Le Sénégal occupe une place centrale dans le processus. Il copréside la Conférence de l’ONU avec les Émirats arabes unis et Cheikh Tidiane Dièye dirige le Conseil des ministres africains chargés de l’eau, l’AMCOW.
L’Égypte exerce une autre responsabilité : avec le Japon, elle copréside le dialogue interactif « Eau pour la planète ». Ce volet porte sur les écosystèmes, la biodiversité, la résilience face aux sécheresses et aux inondations, ainsi que sur les liens entre l’eau et le changement climatique.
La rencontre du Caire visait donc à coordonner le rôle politique du Sénégal, en tant que pays coorganisateur, avec le travail thématique confié à l’Égypte. Les deux ministres ont également évoqué le renforcement de l’AMCOW et sa coopération avec la Commission de l’Union africaine et les institutions régionales.
La Vision africaine de l’eau 2063 comme cadre commun
Les échanges ont accordé une place importante à la Vision africaine de l’eau 2063 et à son plan de mise en œuvre. Ce cadre continental doit permettre de relier les engagements internationaux à des objectifs adaptés aux réalités africaines : accès à l’eau potable, assainissement, financement des infrastructures, résilience climatique et gestion des ressources partagées.
Les deux parties n’ont toutefois annoncé ni nouveau financement, ni projet bilatéral, ni calendrier d’investissement. Leur accord porte, à ce stade, sur la coordination diplomatique et technique.
Cette distinction est essentielle. Une position africaine commune peut peser sur les discussions internationales, mais son efficacité dépendra ensuite de sa traduction en engagements financés, en projets réalisables et en mécanismes de suivi.
Ce que cette coordination peut apporter au Sénégal
Pour le Sénégal, la coprésidence de la conférence offre une occasion de placer au premier plan des besoins concrets : sécurisation de l’approvisionnement en eau, extension de l’assainissement, adaptation aux sécheresses et aux inondations, protection des ressources et mobilisation de capitaux publics et privés.
L’enjeu est aussi économique. Les investissements dans l’eau conditionnent la santé publique, l’agriculture, l’urbanisation et l’activité industrielle. Une meilleure coordination africaine peut aider les États à présenter des priorités cohérentes aux bailleurs et aux investisseurs, sans garantir à elle seule l’obtention de financements.
La Conférence de 2026 doit accélérer la réalisation de l’Objectif de développement durable n° 6, consacré à l’eau et à l’assainissement. Selon les Nations unies, 2,1 milliards de personnes dans le monde ne disposent toujours pas d’un accès à une eau potable gérée en toute sécurité et 3,4 milliards restent privées de services d’assainissement sûrs.
La portée de la réunion du Caire se mesurera donc moins au nombre de déclarations qu’à la capacité du Sénégal, de l’Égypte et de leurs partenaires à faire émerger, à Abu Dhabi, des engagements précis, financés et évaluables.