Saturday, October 3, 2026
Burkina Faso : Ibrahim Traoré veut renforcer la justice traditionnelle à travers les valeurs endogènes

Burkina Faso : Ibrahim Traoré veut renforcer la justice traditionnelle à travers les valeurs endogènes

Faso Bu Kaoré au cœur de la rentrée judiciaire 2026-2027

by Ndeye Fatou Mbaye
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Ouagadougou, 2 octobre 2026 – Le Burkina Faso a ouvert, ce vendredi, l’année judiciaire 2026-2027 avec une audience solennelle consacrée à la place des mécanismes traditionnels dans le règlement des différends. La cérémonie s’est tenue à Ouagadougou sous le haut patronage du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, autour du thème : « Apport des mécanismes traditionnels de règlement des différends pour un meilleur accès à la justice au Burkina Faso ».

La cérémonie a réuni plusieurs responsables du secteur judiciaire et des membres du gouvernement. Les ministres de la Justice du Mali et du Niger, Mamoudou Kassogué et Dadoua Aliou, ont également pris part à cette rentrée judiciaire, selon les informations rapportées depuis Ouagadougou.

La justice traditionnelle au cœur de la rentrée judiciaire

Le choix du thème intervient dans un contexte de réforme du système judiciaire burkinabè. Les autorités souhaitent donner une place davantage encadrée aux mécanismes traditionnels de règlement des conflits, longtemps utilisés au niveau communautaire.

Cette orientation s’est notamment concrétisée avec l’adoption, le 14 janvier 2026, de la loi n°003-2026/ALT portant détermination des mécanismes traditionnels de règlement des différends, connue sous le nom de Faso Bu Kaoré. Le texte reconnaît juridiquement les instances traditionnelles et coutumières chargées de contribuer au règlement de certains litiges.

Le dispositif prévoit notamment la création d’instances traditionnelles de règlement des différends au niveau des villages et des secteurs urbains. Ces structures doivent permettre aux parties de rechercher une solution à certains conflits dans un cadre de proximité, avant, selon les cas, le recours aux juridictions de droit commun.

Une réforme en cours d’opérationnalisation

L’adoption de la loi constitue toutefois une première étape. Depuis plusieurs mois, le ministère burkinabè de la Justice mène des actions destinées à préparer sa mise en œuvre sur le terrain.

En mai 2026, des acteurs coutumiers et traditionnels ont notamment participé à une session d’échanges et de formation consacrée à l’application de la loi Faso Bu Kaoré. Les travaux portaient entre autres sur la composition et le fonctionnement des instances traditionnelles, ainsi que sur les outils destinés à encadrer leurs activités.

En juin, le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, avait également échangé avec des autorités traditionnelles à Boussouma sur les modalités pratiques d’opérationnalisation du dispositif. Il était notamment question d’harmoniser la compréhension de la loi et de renforcer les capacités des acteurs appelés à intervenir dans ces mécanismes.

La rentrée judiciaire 2026-2027 intervient donc alors que le Burkina Faso poursuit la mise en place progressive de cette nouvelle architecture de règlement des différends.

« Une justice » adaptée aux réalités locales

Dans son discours à la Nation du 31 décembre 2025, le Capitaine Ibrahim Traoré avait déjà défendu le recours aux valeurs et pratiques endogènes dans le règlement de certains conflits. Il estimait notamment que l’intégration des valeurs ancestrales et des personnes-ressources pouvait contribuer à renforcer la cohésion sociale.

La réforme vise ainsi, selon les autorités burkinabè, à rapprocher les mécanismes de justice des populations en tenant compte des réalités socioculturelles locales. Le gouvernement présente Faso Bu Kaoré comme un dispositif destiné à encadrer juridiquement des pratiques traditionnelles qui existaient déjà dans plusieurs communautés.

Une articulation avec la justice classique

La nouvelle approche ne signifie pas la disparition du système judiciaire formel. La loi cherche plutôt à organiser les rapports entre les mécanismes traditionnels et les juridictions de droit commun.

Selon les explications données par le ministère de la Justice, Faso Bu Kaoré doit notamment permettre d’organiser la compétence, le fonctionnement et les procédures applicables devant les instances traditionnelles de règlement des différends.

Cette articulation constitue donc un enjeu important de la réforme, notamment pour déterminer les types de litiges pouvant être traités au niveau traditionnel et les conditions dans lesquelles une affaire peut être portée devant les juridictions classiques.

Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale a d’ailleurs pris note de l’adoption de la loi en janvier 2026 tout en soulevant des interrogations sur ses modalités de mise en œuvre et sur les garanties relatives aux droits humains.

Une rentrée judiciaire placée sous le signe de l’accès à la justice

À travers le thème retenu pour cette année judiciaire, les autorités burkinabè mettent donc l’accent sur la recherche de mécanismes permettant de rapprocher la justice des citoyens.

La présence du Chef de l’État à l’audience solennelle marque, selon la Présidence du Faso, son soutien à cette orientation et aux acteurs du secteur judiciaire. Pour les autorités, la valorisation des mécanismes traditionnels doit contribuer à faciliter le règlement de certains conflits et à renforcer la cohésion sociale.

L’année judiciaire 2026-2027 s’ouvre ainsi sur un chantier majeur : faire coexister, dans un cadre légal défini, les mécanismes traditionnels de règlement des différends et le système judiciaire institutionnel.

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