Friday, October 23, 2026
Emploi des jeunes : la nouvelle CNEE veut rapprocher formation et entreprises

Emploi des jeunes : la nouvelle CNEE veut rapprocher formation et entreprises

Présentée à Dakar, la réforme promet des incitations aux entreprises et un meilleur suivi des parcours d’insertion.

by wassare news
0 comments 16 views
Réunion de la Commission Emploi consacrée à la nouvelle CNEE au Sénégal

Le Sénégal veut remettre à niveau l’un de ses principaux instruments d’insertion professionnelle. Réunis à Dakar le 22 octobre 2026, les membres de la Commission Emploi du Groupe thématique Éducation-Formation-Emploi ont examiné la nouvelle Convention nationale État-employeurs privés, appelée à mieux relier la formation, les besoins des entreprises et l’accès des jeunes à un emploi décent.

La nouvelle convention, présentée par le directeur de l’Emploi, Cheikh Ahmadou Abdul Gueye, s’inscrit dans la réforme d’un dispositif créé en 2000. Selon la Direction de l’Emploi, elle doit renforcer l’employabilité des jeunes, soutenir les entreprises privées et promouvoir des emplois décents, en cohérence avec la Vision Sénégal 2050 et la Stratégie nationale de développement 2025-2029.

Une convention révisée après plus de vingt ans d’application

La Convention nationale État-employeurs privés, ou CNEE, repose sur un principe de partage de l’effort entre les pouvoirs publics et les entreprises. L’État mobilise des mécanismes d’appui et d’incitation, tandis que les employeurs accueillent, forment ou recrutent des bénéficiaires. Sa réforme doit tenir compte de l’évolution du marché du travail, du poids de l’emploi informel et des difficultés persistantes rencontrées par les jeunes pour obtenir une première expérience professionnelle.

La réunion de Dakar a porté sur les six composantes de la nouvelle convention, sur les mécanismes d’incitation financière, fiscale et sociale destinés aux entreprises, ainsi que sur les modalités du partenariat entre l’État et le secteur privé. Le détail définitif des critères d’accès, des niveaux de prise en charge et des obligations imposées aux employeurs n’a toutefois pas été rendu public dans la communication consultée.

Cette distinction est essentielle : la présentation d’un dispositif réformé ne constitue pas encore la preuve de son déploiement à grande échelle. Son efficacité pourra être évaluée à partir du nombre de contrats effectivement conclus, de leur durée, de la qualité des emplois créés et du taux de maintien des bénéficiaires après la période d’appui.

Des objectifs mesurables, mais encore à confronter aux résultats

La réforme de la CNEE est soutenue depuis plusieurs années par l’Organisation internationale du Travail et l’Agence italienne pour la coopération au développement. Dans le cadre du projet consacré à l’emploi décent et à la formalisation des entreprises, les objectifs initiaux rendus publics prévoyaient l’application des nouvelles dispositions par au moins 300 employeurs, la création de 1 500 emplois en contrat à durée déterminée ou indéterminée et l’accès de 1 000 jeunes à un contrat de travail ou d’apprentissage.

Le même programme visait également la formalisation d’au moins 400 entreprises artisanales et la création de dix coopératives. Ces données constituent des cibles de programme, et non un bilan certifié des emplois déjà créés. La publication de résultats consolidés permettra de mesurer l’écart entre les ambitions affichées et les effets réels sur les parcours professionnels.

L’AICS recense par ailleurs le Projet d’appui à la création d’emplois pour les jeunes au Sénégal, doté de 4,5 millions d’euros engagés, dont 2 millions utilisés selon les données consultées. Ce projet inclut la mise en œuvre d’une version renouvelée et numérisée de la convention. Là encore, les montants consacrés au programme ne doivent pas être assimilés automatiquement à des emplois créés.

L’enjeu central : rapprocher les compétences des besoins des entreprises

La Commission Emploi du GTEFE se présente comme un cadre de concertation entre administrations, partenaires techniques et financiers et organisations internationales. La rencontre, organisée par l’AICS, a réuni notamment l’OIT, les coopérations suisse, japonaise, française, luxembourgeoise, allemande et monégasque, ainsi que l’UNICEF, l’UNESCO, l’Organisation internationale de la Francophonie et le Programme des Nations unies pour le développement.

Cette diversité peut faciliter la coordination des financements et des programmes. Elle pose aussi une exigence de cohérence : les dispositifs de formation et d’insertion doivent répondre aux besoins identifiés dans les territoires et les secteurs productifs, plutôt que multiplier les programmes parallèles. Les participants ont d’ailleurs soulevé les difficultés de mise en œuvre et souligné le rôle de la Direction de l’Emploi dans la conduite de la réforme.

Pour les jeunes Sénégalais, l’intérêt de la nouvelle CNEE dépendra surtout de sa capacité à ouvrir des parcours simples et accessibles, y compris hors de Dakar. Pour les entreprises, l’enjeu sera de disposer d’incitations suffisamment lisibles et prévisibles pour transformer des stages ou des périodes d’apprentissage en emplois durables.

La transparence du suivi sera déterminante

La réforme gagnerait en crédibilité avec la publication régulière d’indicateurs détaillés : entreprises bénéficiaires, profils et régions des jeunes recrutés, nature et durée des contrats, dépenses exécutées, taux d’achèvement des formations et maintien dans l’emploi. Ces données permettraient de vérifier que les aides atteignent les publics visés et que la convention ne finance pas seulement des emplois temporaires.

La réunion du 22 octobre a permis, selon la Direction de l’Emploi, de consolider le dialogue entre les partenaires et de dégager des perspectives pour la mise en œuvre de la nouvelle convention. La prochaine étape sera opérationnelle : préciser les règles, ouvrir l’accès au dispositif et rendre compte de ses résultats. C’est sur ce terrain que la CNEE devra démontrer sa capacité à devenir un véritable levier d’insertion professionnelle.

You may also like

Leave a Comment