
DAKAR — Comment bâtir des médias africains capables de produire une information fiable, de préserver leur indépendance et de financer durablement leurs activités ? C’est autour de cette problématique que s’est tenue la deuxième édition du Salon international des médias d’Afrique (SIMA), organisée du 8 au 11 octobre 2026 à Dakar, à l’initiative de la Maison de la presse Babacar Touré.
Placée sous le thème « Bâtir un écosystème médiatique souverain et performant en Afrique », cette rencontre a constitué un espace d’échanges entre journalistes, responsables de médias, institutions, experts, acteurs du numérique et partenaires internationaux. L’objectif était de faire émerger des pistes de réflexion et d’action face aux transformations économiques, technologiques et professionnelles du secteur.
L’Algérie, pour l’Afrique, et l’Allemagne, pour l’Europe, étaient les pays invités d’honneur de cette édition. Leur présence a renforcé la dimension internationale du rendez-vous et les possibilités de coopération entre les différents acteurs de l’écosystème médiatique.
Une ouverture marquée par l’appel à la souveraineté médiatique

Dès l’ouverture, la question de l’indépendance et de la viabilité des médias s’est imposée au centre des discussions. Le ministre de la Communication et du Dialogue avec les institutions, porte-parole du gouvernement, Bakary Sarr, a appelé à construire un écosystème médiatique africain capable de répondre aux exigences du secteur tout en préservant son autonomie.
« La souveraineté médiatique n’est pas un luxe réservé aux nations riches », a-t-il déclaré, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS).
Le ministre a notamment insisté sur la nécessité de renforcer la régulation, de développer des modèles économiques durables et d’améliorer les conditions de travail des journalistes. Ces préoccupations s’inscrivent dans un contexte marqué par l’érosion des revenus publicitaires et la concurrence croissante des plateformes numériques.
Pour les entreprises de presse, l’enjeu est considérable. La qualité de l’information dépend aussi des moyens dont disposent les rédactions pour enquêter, vérifier les faits, rémunérer leurs équipes et investir dans des équipements adaptés.
La souveraineté médiatique ne se limite donc pas à la capacité de raconter les réalités africaines. Elle suppose également de disposer des ressources, des compétences et des infrastructures nécessaires pour produire et diffuser des contenus sans dépendre excessivement de financements ou de plateformes extérieurs.
Passer des constats aux solutions concrètes

La deuxième édition du SIMA s’est inscrite dans la continuité de la première, organisée en 2025, avec une ambition davantage tournée vers la recherche de solutions.
Le coordonnateur du comité de pilotage, Mactar Silla, a défendu cette volonté de franchir une nouvelle étape dans la réflexion sur l’avenir des médias africains. L’objectif est de dépasser les diagnostics déjà établis pour poser les bases d’un écosystème plus solide et mieux adapté aux réalités du continent.
Les discussions ont notamment porté sur la régulation, la diversification des revenus, la formation, l’innovation et le développement de partenariats. Ces sujets sont étroitement liés : un média qui ne dispose pas de ressources suffisantes rencontre des difficultés pour investir dans les technologies, former ses journalistes et maintenir une production régulière d’informations.
La question du financement demeure ainsi l’un des principaux défis du secteur. Les entreprises de presse doivent trouver des modèles économiques capables de soutenir leur activité tout en préservant leur liberté éditoriale. La diversification des revenus, les partenariats commerciaux et les mécanismes de soutien adaptés figurent parmi les pistes à explorer.
Le SIMA a ainsi servi de cadre de réflexion sur les conditions nécessaires à la construction d’entreprises médiatiques plus résilientes.
L’intelligence artificielle transforme les pratiques journalistiques

Les mutations technologiques ont également occupé une place importante dans les échanges. L’intelligence artificielle offre de nouvelles possibilités pour la production, le traitement et la diffusion de l’information, mais elle soulève aussi des interrogations sur la fiabilité des contenus.
La multiplication des images manipulées, des contenus synthétiques et des informations trompeuses rend le travail de vérification plus complexe. Les rédactions doivent donc apprendre à utiliser les nouveaux outils sans renoncer aux principes fondamentaux de leur profession.
L’enjeu est double : tirer parti des innovations technologiques pour améliorer la production journalistique et renforcer les mécanismes de contrôle permettant de garantir la fiabilité des informations publiées.
Dans ce contexte, la formation devient indispensable. Les journalistes doivent pouvoir identifier les contenus suspects, recouper les sources, vérifier les images et replacer les informations dans leur contexte.
Les discussions consacrées aux technologies ont ainsi rappelé que la performance d’un média ne se mesure pas uniquement à sa rapidité de publication ou à sa présence sur les plateformes numériques. Elle repose également sur la qualité du travail éditorial et la confiance du public.
Elhame Medjahed : la formation à distance au service de la lutte contre la désinformation

Parmi les professionnelles rencontrées au cours du salon figure Elhame Medjahed, journaliste française qui propose notamment des formations à distance consacrées à la lutte contre la désinformation et à la maîtrise de l’intelligence artificielle.
Sa présence met en lumière l’importance du renforcement des compétences dans un environnement médiatique en constante évolution. Face à la circulation rapide des informations sur les réseaux sociaux, les journalistes doivent disposer de méthodes de vérification adaptées aux nouveaux usages numériques.
Les formations à distance constituent également une possibilité pour les professionnels qui ne peuvent pas toujours participer à des sessions en présentiel. Elles peuvent faciliter l’accès aux connaissances et contribuer au développement des compétences au sein des rédactions.
Cette approche rejoint l’un des enjeux majeurs du SIMA 2026 : accompagner les médias africains dans leur transformation numérique tout en préservant la rigueur journalistique, la vérification des faits et la responsabilité éditoriale.
L’utilisation de l’intelligence artificielle ne dispense donc pas les journalistes de leur devoir de contrôle. Au contraire, elle rend nécessaire une meilleure maîtrise des outils et une vigilance accrue face aux contenus susceptibles d’induire le public en erreur.
DW Akademie : la coopération internationale au service des médias

La participation de Susanne Fuchs-Mwakideu, représentante de DW Akademie, a également illustré la place des partenariats internationaux dans le développement des médias.
L’organisation allemande intervient dans le domaine du développement médiatique et de la formation des professionnels. Ses collaborations avec les médias s’inscrivent notamment dans une dynamique de renforcement des capacités et d’accompagnement des transformations du secteur.
Au cours du SIMA, la question de la viabilité des médias a constitué un axe important des échanges autour de ces partenariats. Les entreprises de presse doivent en effet pouvoir développer des compétences, adapter leurs pratiques et consolider leur fonctionnement pour faire face aux mutations du marché.
La coopération internationale peut favoriser le partage d’expériences et la mise en place de programmes de formation. Elle pose également la question de la continuité des initiatives et de leur capacité à répondre aux besoins réels des rédactions.
L’enjeu est de construire des collaborations durables, susceptibles de renforcer l’autonomie des médias africains plutôt que de créer de nouvelles dépendances.
La présence de Susanne Fuchs-Mwakideu au SIMA a ainsi contribué aux échanges sur les relations entre les médias africains et leurs partenaires, dans un contexte où la formation et la viabilité économique sont devenues des priorités.
La GIZ parmi les acteurs présents

La GIZ, agence allemande de coopération internationale pour le développement, a également pris part au SIMA 2026.
Sa présence s’inscrit dans la dimension internationale de la rencontre, qui entend rapprocher les professionnels des médias, les institutions et les partenaires au développement.
Dans un secteur confronté à des difficultés économiques et à des transformations technologiques rapides, les échanges entre ces différents acteurs peuvent contribuer au partage de connaissances et à l’identification de pistes de coopération.
Le développement des compétences, l’accompagnement des initiatives et la mise en relation des acteurs figurent parmi les domaines dans lesquels les partenariats peuvent jouer un rôle. Toutefois, leur efficacité dépend de leur adéquation avec les besoins des médias et de leur capacité à produire des résultats durables.
La participation de la GIZ a ainsi illustré la place des partenaires internationaux dans les discussions sur l’avenir de l’écosystème médiatique africain.
Season Media du Cameroun : une présence tournée vers l’ouverture panafricaine

Le SIMA 2026 a également accueilli Season Media, un média numérique venu du Cameroun. Sa participation a donné une dimension supplémentaire aux échanges entre professionnels de différents pays africains.
Dirigé par Eva Mballa, Season Media a présenté sa participation à Dakar comme une occasion de faire connaître son expérience, de rencontrer d’autres acteurs du secteur et de développer des relations à l’échelle continentale.
Avant le salon, le média avait annoncé sa volonté de contribuer aux discussions sur l’avenir de l’industrie médiatique et de partager les enseignements de cette rencontre avec son public camerounais. Cette démarche s’inscrit dans une ambition plus large : renforcer la visibilité des médias africains et favoriser la circulation des expériences entre les pays du continent.
La participation de Season Media illustre également l’importance croissante des médias numériques dans la transformation du paysage audiovisuel africain. Ces structures doivent trouver leur place dans un environnement concurrentiel, développer des contenus adaptés aux attentes de leurs publics et identifier des sources de revenus permettant d’assurer leur pérennité.
Au-delà de la visibilité, les rencontres professionnelles peuvent ouvrir des perspectives de collaboration entre rédactions, notamment dans la production de contenus, le partage d’informations et la couverture d’événements d’intérêt continental.
La présence du média camerounais à Dakar rappelle ainsi que la construction d’un écosystème médiatique souverain passe aussi par la création de liens entre les entreprises de presse africaines. Une coopération renforcée peut favoriser une meilleure circulation des informations sur le continent et contribuer à une représentation plus diversifiée des réalités africaines.
L’Algérie et l’Allemagne, pays invités d’honneur

La dimension internationale du salon s’est également traduite par la mise à l’honneur de l’Algérie et de l’Allemagne.
Cette ouverture a favorisé la rencontre entre des acteurs évoluant dans des environnements médiatiques différents, mais confrontés à des défis communs : adaptation au numérique, financement, formation, désinformation et préservation de la confiance du public.
La participation allemande s’est notamment illustrée par la présence d’acteurs engagés dans le développement des médias, dont DW Akademie et la GIZ. Ces échanges ont mis en évidence l’importance des partenariats dans le renforcement des capacités professionnelles et la recherche de solutions adaptées aux besoins du secteur.
L’Algérie, en tant que pays invité d’honneur africain, a également pris part à cette dynamique de dialogue continental.
La coopération entre pays africains demeure essentielle pour favoriser les échanges de compétences, développer des projets communs et renforcer la capacité des médias à traiter les enjeux du continent depuis leurs propres réalités.
Liberté de la presse, éthique et confiance du public

La souveraineté médiatique ne peut être dissociée de la liberté de la presse et du respect des règles déontologiques. La capacité des médias à produire une information fiable dépend aussi de leur indépendance éditoriale et des conditions dans lesquelles les journalistes exercent leur métier.
Face à la désinformation et à la multiplication des contenus numériques, les rédactions doivent maintenir des exigences élevées en matière de vérification, de transparence des sources et de traitement équilibré de l’information.
La régulation doit, de son côté, contribuer à encadrer le secteur sans porter atteinte aux libertés fondamentales. La recherche d’un équilibre entre responsabilité professionnelle, lutte contre les contenus trompeurs et liberté d’expression constitue ainsi un enjeu majeur pour l’avenir des médias.
Ces préoccupations ont renforcé la nécessité d’une approche globale, associant financement, formation, innovation technologique et protection des principes fondamentaux du journalisme.
Quatre jours d’échanges pour construire des perspectives durables

Au-delà des conférences, le SIMA 2026 a proposé un cadre de rencontres professionnelles, d’expositions, d’ateliers et de masterclasses. Ces différents formats visaient à favoriser le partage de compétences, la présentation de solutions et la création de partenariats entre les acteurs de l’écosystème médiatique.
La programmation s’est articulée autour de plusieurs grands axes : l’économie et les nouveaux modèles de financement, les technologies et l’intelligence artificielle, la confiance et la régulation, puis les compétences et les coopérations africaines.
Cette organisation traduit la volonté de traiter les difficultés du secteur dans leur ensemble. La transformation numérique ne peut être dissociée des questions économiques, pas plus que la qualité de l’information ne peut être garantie sans formation et sans conditions de travail adaptées.
La deuxième édition du SIMA a ainsi prolongé la dynamique engagée en 2025, lorsque la première rencontre avait réuni des représentants de 24 pays africains selon les données communiquées par les organisateurs.
Des recommandations à leur mise en œuvre

Au terme de cette édition, la question de la concrétisation des échanges demeure centrale. Les discussions sur la souveraineté médiatique, la formation, le financement et l’intelligence artificielle devront se traduire par des initiatives capables d’améliorer durablement les conditions de fonctionnement des médias.
Pour les entreprises de presse, les priorités restent nombreuses : diversifier les revenus, investir dans les compétences, renforcer les pratiques de vérification et développer des partenariats équilibrés.
Pour les institutions et les partenaires internationaux, le défi consiste à accompagner ces transformations en tenant compte des réalités économiques et professionnelles des rédactions africaines.
La présence de professionnels venus de différents pays, notamment de Cameroun, ainsi que celle d’acteurs comme DW Akademie et la GIZ, témoigne de l’intérêt d’une approche fondée sur le dialogue et la coopération.
Le SIMA 2026 aura ainsi replacé au centre du débat une question déterminante pour l’avenir de l’information en Afrique : comment permettre aux médias de disposer des moyens nécessaires pour raconter le continent, défendre leur indépendance et répondre aux attentes de leurs publics ?
La réponse dépendra désormais de la capacité des acteurs à transformer les réflexions en actions concrètes, afin de bâtir un écosystème médiatique africain plus autonome, plus viable et mieux préparé aux mutations technologiques.