Friday, October 23, 2026
Afrique : Enabel met la qualité de l’emploi au cœur du débat

Afrique : Enabel met la qualité de l’emploi au cœur du débat

by wassare news
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Table ronde d’Enabel et HIVA sur le travail décent en Afrique à Bruxelles
Table ronde d’Enabel et HIVA sur le travail décent en Afrique à Bruxelles
Conférence d’Enabel et de l’institut HIVA sur le travail décent et l’emploi en Afrique, à Bruxelles, le 22 octobre 2026. Photo : Enabel.

Créer davantage d’emplois ne suffit pas si les travailleurs restent privés de droits, de protection sociale, de formation ou de conditions de travail sûres. C’est le message central d’une conférence organisée le 22 octobre 2026 à Bruxelles par l’agence belge de coopération Enabel et l’Institut de recherche sur le travail et la société (HIVA) de la KU Leuven. Plus de 80 chercheurs, responsables publics, partenaires sociaux, entreprises et praticiens y ont examiné les conditions d’un travail décent dans des secteurs africains à fort potentiel d’emploi.

Les discussions ont porté sur les matières premières critiques, le transport et les services portuaires, les chaînes de valeur du café et du cacao, l’hôtellerie et le travail domestique. Ces activités peuvent soutenir la croissance et l’emploi, mais elles exposent aussi les travailleurs à des risques différents : informalité, contrats précaires, faibles protections, manque de compétences ou difficultés d’accès aux mécanismes de représentation.

La rencontre n’a pas annoncé un nouveau fonds, un programme national ni un objectif chiffré de créations d’emplois. Elle a servi à rapprocher la recherche, les politiques publiques et l’expérience des acteurs de terrain afin d’identifier des méthodes applicables aux projets de développement et aux investissements privés.

La qualité de l’emploi au-delà du nombre de postes

La notion de travail décent ne se limite pas à l’existence d’un revenu. Elle englobe les conditions de travail, les droits, la sécurité, la protection sociale, la possibilité de développer ses compétences et la capacité des travailleurs et des employeurs à dialoguer.

Cette distinction est importante dans des économies où une grande partie de l’activité se déroule en dehors de l’emploi salarié formel. Une hausse du nombre de postes peut améliorer les revenus sans résoudre l’instabilité, l’absence de couverture sociale ou l’exposition aux accidents. Les indicateurs de croissance et d’emploi doivent donc être complétés par des mesures portant sur la qualité.

Cinq secteurs, des risques très différents

Dans les matières premières critiques, l’expansion liée à la transition énergétique mondiale peut attirer des investissements et créer des emplois miniers, logistiques et industriels. Les retombées locales dépendent toutefois des normes sociales, de la sous-traitance, de la sécurité et de la transformation réalisée sur place.

Les transports et les ports concentrent des métiers essentiels au commerce, mais peuvent associer emplois formels, manutention occasionnelle et chaînes de sous-traitance complexes. Dans le café et le cacao, la question porte autant sur le revenu des producteurs que sur les conditions des travailleurs saisonniers et la répartition de la valeur.

L’hôtellerie offre des possibilités d’insertion aux jeunes et aux femmes, mais la saisonnalité et la faible qualification peuvent limiter la stabilité des emplois. Le travail domestique, souvent exercé dans un cadre privé, soulève des enjeux spécifiques de contrat, de temps de travail, de rémunération et d’accès aux recours.

Le rôle de la recherche dans les décisions publiques

Les participants ont insisté sur l’utilité de la recherche pour documenter les conditions réelles de travail, éclairer le dialogue politique et aider les institutions à concevoir des réponses adaptées. Des données fiables peuvent montrer où les normes sont appliquées, où les protections manquent et quels groupes restent exclus.

Enabel et HIVA ont développé un outil d’évaluation du travail décent destiné à examiner les conditions au niveau des travailleurs, dans des entreprises ou des secteurs précis. L’objectif est de produire des informations utilisables dans les limites de temps et de budget des projets de coopération.

Un outil de mesure ne remplace cependant ni l’inspection du travail, ni la négociation collective, ni la responsabilité des entreprises. Il peut aider à établir un diagnostic et à suivre les progrès, à condition que les résultats conduisent à des décisions et soient comparables dans le temps.

Pourquoi le secteur privé est central

Le secteur privé crée une grande partie des emplois et organise les chaînes de valeur. La conférence souligne que son impact est plus fort lorsque l’investissement soutient les entreprises locales, favorise l’inclusion et ouvre des possibilités aux femmes et aux jeunes.

Cette approche suppose d’aller au-delà des engagements généraux. Les contrats, les achats locaux, les formations, les procédures de recrutement et les mécanismes de plainte déterminent la qualité des retombées. Les donneurs d’ordre peuvent aussi agir sur leurs fournisseurs en intégrant des exigences sociales mesurables.

Les pouvoirs publics conservent un rôle déterminant : définir les règles, contrôler leur application, organiser la protection sociale et soutenir la formation. Sans institutions capables de faire respecter les normes, la concurrence peut pousser les entreprises à réduire les coûts au détriment des travailleurs.

Ce que cela signifie pour les pays africains

Pour les gouvernements africains, l’enjeu est de relier les politiques industrielles et d’investissement à des objectifs d’emploi de qualité. Un projet peut être évalué non seulement par le montant investi ou le nombre de postes annoncé, mais aussi par la stabilité des contrats, la rémunération, la sécurité, l’accès à la formation et la couverture sociale.

Pour les jeunes, l’accès aux compétences reste un facteur décisif. Les formations doivent correspondre aux métiers réellement demandés et offrir des passerelles vers l’emploi. Pour les femmes, les politiques doivent aussi traiter les barrières liées à la discrimination, à la sécurité, aux responsabilités familiales et à l’accès au financement.

Au Sénégal comme ailleurs, ces principes concernent directement les secteurs portuaires, l’hôtellerie, l’agro-industrie et les services. Ils invitent à mesurer la transformation économique par ses effets sur les personnes, pas uniquement par la croissance de la production.

Les résultats devront être suivis dans les projets

La conférence de Bruxelles a établi un cadre de discussion, sans présenter un plan d’action détaillé. Les suites concrètes pourront être évaluées à travers l’intégration de critères de travail décent dans les programmes d’Enabel, les politiques partenaires et les investissements privés.

Les indicateurs les plus utiles porteront sur les contrats formels, les accidents, la couverture sociale, les écarts de rémunération, l’accès à la formation, la représentation des travailleurs et la progression des femmes et des jeunes. C’est sur ces résultats que pourra être jugée la capacité de la croissance à produire des emplois durables et inclusifs.

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