Le Sénégal a franchi une nouvelle étape dans ses relations avec le FMI. Le 1er septembre, l’institution financière internationale a annoncé avoir conclu avec les autorités sénégalaises un accord au niveau des services sur un nouveau programme de financement d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, sur une période de trois ans.
Cet accord reste toutefois soumis à l’examen et à l’approbation du Conseil d’administration du FMI. Le 11 septembre, la porte-parole de l’institution, Julie Kozack, a indiqué que le programme pouvait être approuvé avant même la conclusion définitive des discussions entre Dakar et ses créanciers sur le traitement de la dette.
Une dette qui dépasse 130 % du PIB
Cette nouvelle étape intervient dans un contexte financier particulièrement difficile pour le Sénégal. Les autorités ont découvert, à partir de 2024, d’importants emprunts qui n’avaient pas été correctement déclarés sous l’ancienne administration.
Selon les estimations citées récemment par Reuters, la dette publique sénégalaise dépasse désormais 130 % du PIB. Le pays doit également faire face à d’importants arriérés de paiement.
Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a indiqué le 8 septembre que ces arriérés atteignaient environ 1 956 milliards de francs CFA, soit près de 3,5 milliards de dollars, à fin mars 2025. Il a averti que leur accumulation pouvait peser sur l’activité économique et l’emploi.
Dakar parle de « reprofilage » plutôt que de restructuration
Pour faire face à cette situation, le gouvernement sénégalais entend privilégier un reprofilage de la dette.
Cette démarche peut notamment consister à modifier les échéances de remboursement ou les taux d’intérêt afin de réduire la pression financière à court terme. Le Premier ministre a clairement indiqué que Dakar ne souhaitait pas engager une restructuration générale de la dette.
Cependant, cette distinction fait débat chez les investisseurs. Certains considèrent que la modification des échéances et des conditions financières revient, dans les faits, à revoir les termes initiaux de la dette.
Les créanciers commencent à s’organiser
Les prochaines négociations pourraient être particulièrement importantes pour les détenteurs d’obligations sénégalaises.
Au moins huit gestionnaires de fonds détenant des obligations du Sénégal ont constitué un groupe de créanciers. Celui-ci a engagé le cabinet juridique White & Case pour l’accompagner dans les discussions avec les autorités sénégalaises.
Le traitement de la dette extérieure devra tenir compte de l’objectif fixé par le FMI : remettre les finances publiques du Sénégal sur une trajectoire jugée soutenable.
Le gouvernement a par ailleurs annoncé un dispositif présenté comme un « cadre commun renforcé ». La dette libellée en francs CFA doit être exclue de l’opération envisagée, tandis que les modalités précises concernant les différentes catégories de créanciers restent encore à définir.
Le FMI et le Sénégal avancent sur le nouveau programme
L’accord de 2,2 milliards de dollars constitue donc une étape importante, mais il ne règle pas à lui seul la question de la dette sénégalaise.
Le FMI doit encore finaliser les différentes étapes de son processus d’approbation. En parallèle, Dakar devra poursuivre les discussions avec ses créanciers afin de déterminer les conditions du traitement de la dette.
Pour le gouvernement, l’objectif est double : restaurer la soutenabilité des finances publiques et rétablir la confiance des partenaires financiers.
Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour connaître les conditions définitives du programme du FMI et la forme que prendra le reprofilage de la dette sénégalaise.