Le soutien officiel de Bassirou Diomaye Faye à la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies a surpris une partie de l’opinion. Quelques jours auparavant, le Sénégal venait pourtant d’obtenir deux des plus importantes responsabilités de la CEDEAO. Derrière cette succession d’événements, certains observateurs s’interrogent : le Sénégal est-il en train de privilégier une nouvelle diplomatie d’influence ?
Pendant plusieurs mois, les relations entre le nouveau pouvoir et l’ancien régime ont été dominées par les affrontements politiques. Les critiques formulées par les dirigeants de PASTEF contre la gouvernance de Macky Sall ont profondément marqué la vie politique sénégalaise.
Dans ce contexte, voir le président Bassirou Diomaye Faye apporter officiellement le soutien de l’État à la candidature de son prédécesseur à la tête de l’ONU constitue un changement majeur de posture.
Le communiqué publié après leur rencontre insiste d’ailleurs sur plusieurs notions rarement mises en avant depuis l’alternance : continuité de l’État, dialogue républicain et intérêts supérieurs de la Nation.
Ce vocabulaire traduit une volonté de placer la diplomatie au-dessus des clivages politiques internes.
Une séquence diplomatique favorable au Sénégal
Le calendrier attire également l’attention.
En l’espace de quelques jours, le Sénégal a obtenu deux positions majeures au sein de la CEDEAO.
Bassirou Diomaye Faye a été désigné président en exercice de l’organisation sous-régionale, tandis que le général Birame Diop a été élu président de la Commission de la CEDEAO, principal organe exécutif de l’institution.
Cette double responsabilité replace Dakar au centre de la gouvernance ouest-africaine, dans un contexte où l’organisation cherche à se réinventer après le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Le Sénégal se retrouve désormais à la fois au niveau de la direction politique et de la direction administrative de la Communauté.
Une situation qui renforce considérablement son poids diplomatique.
Le soutien à Macky Sall a-t-il pesé ?
Aucune preuve publique ne permet aujourd’hui d’établir un lien direct entre le soutien apporté par Bassirou Diomaye Faye à Macky Sall et les responsabilités obtenues par le Sénégal au sein de la CEDEAO.
Cependant, dans les cercles diplomatiques africains, les décisions reposent rarement sur des considérations isolées.
Les candidatures aux grandes organisations internationales donnent souvent lieu à des consultations discrètes, à des équilibres régionaux et à des soutiens réciproques entre États.
Macky Sall conserve un important réseau de relations auprès de nombreux chefs d’État africains et partenaires internationaux, construit au fil de ses mandats à la tête du Sénégal et de l’Union africaine.
Dans ce contexte, le choix du président Diomaye Faye peut aussi être interprété comme celui d’un chef d’État qui décide de mettre les intérêts diplomatiques du pays avant les divergences politiques nationales.
Une diplomatie de l’État plutôt qu’une diplomatie de parti ?
Cette séquence semble surtout traduire une évolution dans la manière dont le Sénégal entend exercer son influence.
Depuis son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye défend une politique fondée sur la souveraineté, la réforme des institutions et le repositionnement du Sénégal sur la scène africaine.
Le soutien à Macky Sall, malgré les oppositions politiques du passé, pourrait illustrer une volonté de préserver la crédibilité internationale du Sénégal en valorisant les compétences et les réseaux de ses anciens dirigeants lorsque les intérêts nationaux sont en jeu.
Cette approche s’inscrit dans une tradition diplomatique sénégalaise qui a souvent privilégié la continuité de l’État, indépendamment des alternances politiques.
Un nouveau rôle régional à confirmer
La présidence de la CEDEAO place désormais Bassirou Diomaye Faye face à plusieurs défis majeurs : la lutte contre le terrorisme, les relations avec l’Alliance des États du Sahel (AES), l’intégration économique régionale, la réforme institutionnelle de l’organisation et son autonomie financière.
Dans le même temps, la candidature de Macky Sall à la tête des Nations unies pourrait offrir au Sénégal une visibilité diplomatique supplémentaire si elle devait aboutir.
Pris séparément, ces événements peuvent apparaître comme de simples décisions institutionnelles. Ensemble, ils dessinent peut-être une stratégie plus large : celle d’un Sénégal qui cherche à retrouver une position centrale dans les grandes enceintes africaines et internationales, en mobilisant à la fois ses nouvelles autorités et l’expérience de ses anciens dirigeants.
La réussite de cette stratégie dépendra désormais de la capacité des autorités sénégalaises à transformer cette influence diplomatique en résultats concrets pour le pays et pour la sous-région.